Et si, à certaines heures, le ciel s’assombrit,
les difficultés augmentent et les sacrifices de-
viennent plus aigus, elle trouve dans son amour
une réponse lumineuse à toutes les objections,
et une force qui la rend capable d’affronter tous
les obstacles. « Il n’y a rien, si dur que ce soit,
dont le feu de l’amour ne triomphe », dit saint
Augustin.
L’amour n’enlève pas la peine, mais il la fait
aimer. C’est là le délicieux mélange d’amour et
de sacrifice qui fait la beauté comme le bonheur
de l'âme des saints.
Jésus s’est fait en cela notre adorable mo-
dèle. Il nous a aimés et II s’est livré ! Il nous
a aimés à l’excès, et II s’est sacrifié ! Son amour
a été imbibé de son sang, et son sang n’a coulé
que sous la pression de son amour. « Nous
avons connu la charité de Dieu, en ce qu’il a
donné sa vie pour nous », dit saint Jean (I Jean,
iii, 16).
Depuis lors, pour aimer Jésus, on se donne à
Lui ; pour L’aimer davantage, on multiplie ses
sacrifices ; pour L’aimer sans mesure, on s’im-
mole et se constitue sa victime. Ces immola-
tions de l’amour sont pleines de suavité, et Jésus
nous en prévient, quand, nous appelant à pren-
dre notre croix et à Le suivre, Il nous dit que
« son joug est doux et son fardeau léger» (Mat.,
xxix, 30).
C’est ce qui a inspiré à saint Bernard ces gra-
cieuses pensées : « Le fardeau du Sauveur est
léger, dit-il ; plus il paraît s’augmenter, plus on
le porte avec facilité. N’est-il pas vrai que le
grand nombre de plumes attachées aux ailes des
oiseaux, loin de les charger, les rend légers, les
aide à s’élever ? Otez ces plumes, qui cependant
ont un poids, et tout le corps tombe par terre de
toute sa pesanteur. Ainsi en est-il du joug suave
de Jésus-Christ, de son fardeau léger; il porte
plutôt qu’on ne le porte. »
Que l’amour qui brûle dans les âmes privilé-
giées, que Jésus s’est choisies pour en faire ses
épouses, leur donne des ailes pour s’envoler loin
du monde, dans la douce solitude que leur a pré-
parée la tendresse de leur Bien-Aimé. Qu’elles
s’écrient avec le Psalmiste : « Qui me donnera
des ailes, comme à la colombe, et je m’envo-
lerai, et je me reposerai » (Ps. liv, 7); et qu’elles
s’élancent, sous l’ardeur de leur amour, dans le
Cœur de l’Epoux divin qui les invite à y demeu-
rer à jamais : « Demeurez en moi, demeurez dans
mon amour » (Jean, xv, 4, 9).
A SUIVRE...