§552 a écrit :
Cette incomparable Princesse garda cette équité dans plusieurs choses que l'on fit par sa volonté et par sa disposition, parmi les fidèles de la primitive Église : comme de distribuer les biens communs pour l'entretien et pour diverses autres nécessités des personnes particulières; et quoiqu'elle ne distribuât jamais l'argent par ses propres mains, parce qu'elle ne le touchait aucunement, on le partageait néanmoins par son ordre, et plusieurs fois par ses conseils ; gardant toujours dans ces rencontres, comme dans beaucoup d'autres semblables, une très-grande équité ; car chacun recevait ce charitable secours selon sa nécessité et sa condition. Elle observait la même chose dans la distribution des offices et des dignités entre les disciples et les premiers enfants de l'Évangile, dans les assemblées qu'on tenait pour ce sujet. Ainsi cette très-sage Dame ordonnait et disposait toutes choses avec une très-parfaite équité : car, outre la science infuse et la connaissance ordinaire qu'elle avait de tous les sujets, elle ne faisait rien que ce ne fut après une oraison singulière et par une impulsion divine. C'est pourquoi les apôtres avaient recours à elle dans ces sortes d'occasions, et dans la conduite de ceux qui leur étaient soumis , n'entreprenant rien que par son conseil : et tous ceux qui le suivaient exerçaient en tout une entière justice sans faire distinction des personnes.
§553 a écrit :
La justice commutative enseigne à garder l'égalité dans les choses que les personnes particulières se donnent et reçoivent réciproquement, connue de donner deux pour deux, etc., ou le juste prix de ce que la chose vaut. L'exercice de cette espèce de justice fut moindre en la Reine du ciel que celui des autres vertus, parce qu'elle n'achetait ni ne vendait rien par elle-même : que si elle avait besoin de faire quelque achat ou quelque échange, c'était saint Joseph qui le faisait, et après sa mort, saint Jean l'évangéliste ou quelque autre des apôtres lui rendait cet office. Car le Maître de la sainteté, qui venait détruire et arracher l'avarice, racine de toutes sortes de maux (I Tim., VI, 10.), voulut éloigner de lui-même et de sa très-sainte mère les actions qui allument et entretiennent ordinairement le feu de la convoitise des hommes. C'est pour cela que la divine Providence ordonna que ni le Fils ni la Mère n'achéteraient ni ne vendraient aucune chose, bien qu'elle fut nécessaire à l'entretien de la vie naturelle. Néanmoins notre auguste Reine ne laissa pas pour cela d'enseigner tout ce qui regardait cette vertu de justice commutative, afin que ceux qui d'entre les apôtres et d'entre les fidèles de la primitive Église la devaient pratiquer, s'en acquittassent avec toute sorte de perfection.
§554 a écrit :
Cette vertu a d'autres opérations qui s'étendent sur le prochain, comme que les uns jugent les autres par un jugement public et civil ou par un jugement particulier, le Seigneur ayant parlé du vice contraire à ce dernier, lorsqu'il nous dit en saint Matthieu : Ne jugez point, afin que vous ne soyez pas jugés (Matth., VII,1.). Par ces jugements, on donne à chacun ce qui lui est dû, selon l'estime de celui qui juge : c'est pourquoi ces actions sont justes si elles sont conformes à la raison, et injustes si elles s'en éloignent. Notre incomparable Reine n'exerça pas le jugement public et civil, bien qu'elle eut le pouvoir de juger tout l'univers; néanmoins elle accomplit par ses très-sages et très-justes conseils durant sa vie, et par son intercession après sa mort, ce qui est écrit d'elle dans les Proverbes : "Je marche dans les voies de la justice, et par moi les puissants décident ce qui est juste" (Prov., VIII, 16 et 20.)