Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)
Publié : mar. 10 déc. 2019 12:10
VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.
Une mère comme il n'y en a pas assez.- Ce que devient Lidwine.- Sa piété envers la sainte Vierge. - Miracle à l'occasion d'une statue de Marie, et dont cette statue reste l'objet.
CHAPITRE II.
Enfance.
Lidwine commençait à grandir ; c'était la rose s'épanouissant au milieu des épines. Malgré les douleurs qui avaient envahi son berceau, déjà se développaient en elle les grâces de l'enfant, grâces naïves, reflet d'une âme sereine comme un beau ciel, grâces qui toujours ont tant de charmes, qui par là même aussi cachent souvent tant de dangers ; car l'amour des parents peut se laisser éblouir, leur vanité aveugle peut gâter de précieux trésors !
Mais on l'a déjà pressenti ; les parents de Lidwine, si fidèles à l'accomplissement de tout devoir, se gardaient bien de négliger le plus sérieux, le plus décisif des devoirs de la paternité, celui de la première éducation ; ils veillaient sur leur enfant. A peine cette jeune âme commençait-elle à s'ouvrir, que l'heureuse mère était là, cherchant à y entrer. Elle y entrait avec un saint respect, comme dans un sanctuaire, pour y prier, pour y faire descendre Dieu et lui élever un trône ; c'est-à-dire, doucement, peu à peu, comme goutte à goutte, elle y faisait pénétrer la lumière, elle y répandait la foi, elle y versait le parfum de la piété.
C'était d'ailleurs, pour la pieuse femme, chose simple et bien facile. Il est vrai, livrée tout entière aux exigences d'un travail incessant, elle n'avait pas de loisirs pour d'inutiles conversations au dehors ; mais pour le devoir, pour ses enfants, pour sa petite Lidwine, elle savait toujours trouver son heure. Elle n'avait non plus ni ce qu'on appelle de l'esprit, ni de la science, obscure et humble femme qu'elle était ; mais elle était chrétienne et elle était mère ; elle avait sa foi et elle avait son cœur, que fallait-il de plus pour son enfant ? Et elle la prenait sur ses genoux, et à travers ses baisers maternels, dans cette langue enfantine, si gracieuse, si éloquente et que les mères savent si bien, elle lui parlait de ce Dieu qui a tant et tant aimé les hommes que les hommes partout ne l'appellent que le Bon Dieu ! Un arbre, une plante, une fleur, un fruit, le ruisseau qui courait dans la prairie, le petit oiseau qui, joyeux, chantait dans l'espace, ou l'étoile qui scintillait au firmament, ou bien l'image grossière et enfumée qui tapissait la muraille, ou mieux encore le Christ qui décorait la cheminée, tout, pour elle, devenait un livre qu'elle ouvrait devant l'enfant, qu'elle lui expliquait, dans lequel elle lui apprenait à lire des merveilles de sagesse, de puissance ou de bonté, un livre surtout d'où elle faisait jaillir d'admirables leçons de reconnaissance et de fidélité.
On le comprend sans peine ; avec une semblable éducation, l'enfant le moins bien disposé fût devenu pieux ; Lidwine devint un petit ange. Son esprit s'illuminait aux vérités de la foi qu'il saisissait, qu'il devinait presque ; son cœur en même temps s'embrasait. Rien n'était émouvant comme cette ferveur d'enfant !
Son père, sa mère, ses frères, tous étaient ravis quand elle était là, le soir, à la prière qui toujours se faisait en famille, quand elle était agenouillée au milieu d'eux, priant avec eux et pour eux, ses deux petites mains pieusement jointes, son doux regard tourné avec tant d'amour vers le ciel ! Tous déjà la regardaient avec l'émotion du respect.
Il y avait surtout, dans cette piété de l'enfant, un trait saillant ; c'était sa dévotion à Marie. Pétronille, avec sa foi, avec sa raison, avait toujours regardé cette dévotion comme la dévotion des âmes prédestinées, comme une des plus salutaires influences que le souffle d'une mère pût faire éclore dans l'âme de son enfant. Aussi, avait-elle employé un zèle ardent à en inspirer le goût à Lidwine, zèle que Dieu avait béni, car Lidwine servait admirablement Marie. Prières, images, solennités, autels, tout ce qui parlait de Marie, tout ce qui touchait à l'amour de Marie, pour la petite Lidwine, c'était déjà du bonheur !