Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Vème dimanche après Pâques
Publié : mer. 17 mai 2023 11:03
(à suivre)Ainsi, de même qu'il conserve les différentes natures, les différents ordres d'animaux, en mettant une certaine amorce de plaisir dans les actes qui ont rapport à la conservation soit de l'espèce, soit des individus, amorce qui assure la perpétuité de ces diverses fonctions ; de même, réconfortant les cœurs des justes par les douceurs, les suavités merveilleuses de l’Esprit divin, il les excite à se porter à tous les devoirs de la piété et de la justice avec une allégresse et une ferveur incroyables. C'est ce qu'insinuent ces paroles du Prophète : « Heureux le peuple qui sait vous louer avec de saints transports ! » Pourquoi heureux ? Il en donne la cause : « Seigneur, ils marcheront à la lumière de votre visage, » c'est-à-dire dans la voie que vous leur montrerez. « Ils se réjouiront en votre nom, » c'est-à-dire ils puiseront en vous d'ineffables voluptés ; « et votre justice, » c'est-à-dire votre bonté et votre miséricorde « les élèvera en honneur, » Ps. LXXXVIII, 16, parce qu'ils feront chaque jour des progrès dans la vertu. Voilà les fruits de cette douce jubilation du cœur.
Une fois qu'on a goûté cette joie nouvelle de l'Esprit, il n'est rien de si précieux dans la vie qu'on ne méprise facilement ; rien de si difficile qu'on n'entreprenne avec allégresse. Car c'est avec autant de vérité que de piété qu'il a été dit : « Le juste est plus heureux avec le peu qu'il possède, que ne le sont les pécheurs avec de grandes richesses. » Melius est modicum justo, super divitias peccatorum multas. Ps. XXXVI, 16. C'est là, en effet, dit saint Grégoire, la perle de l'Evangile trouvée par un sage marchand qui vend tout ce qu'il possède pour se la procurer, Matth. XIII, 46 ; parce que, poursuit le même saint, celui qui connaît parfaitement, autant que c'est possible toutefois, la douceur de la vie céleste, quitte volontiers ce qu'il avait aimé sur la terre. En comparaison de ce bien, tout devient vil à ses yeux; il renonce à ce qu'il possédait, il jette ce qu'il avait amassé, il s'enflamme pour les choses du ciel, celles de la terre ne lui sourient plus, tous les objets matériels qui lui plaisaient lui paraissent méprisables, parce que l'éclat de la précieuse perle brille seul aux yeux de son âme.
Cette même joie fait que non-seulement nous méprisons tout ce que le monde regarde comme précieux, mais que nous formons des entreprises ardues et difficiles par amour de Celui qui nous console d'une manière si suave. Car, de même que les ours faisant invasion sur des ruches, alléchés qu'ils sont par le miel, supportent facilement les aiguillons et les blessures des abeilles ; de même les saints, quand ils ont goûté cette douceur céleste, sont prêts à tout aborder et à tout souffrir pour Celui qui se montre à eux si doux et si aimable.