Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Avatar de l’utilisateur
Laetitia
Messages : 2857
Inscription : ven. 20 oct. 2006 2:00

Re: Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Message par Laetitia »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit :Mais enfin, si vous ne voulez pas souffrir patiemment, et porter votre croix avec résignation, comme les prédestinés, vous la porterez avec murmure et impatience comme les réprouvés ; vous serez semblables à ces deux animaux qui traînaient l’Arche d’alliance en mugissant ; vous imiterez Simon de Cyrène, qui mit la main à la Croix même de Jésus-Christ, malgré lui, et qui ne faisait que murmurer en la portant. Il vous arrivera, enfin, ce qui est arrivé au mauvais larron, qui, du haut de sa croix, tomba dans le fond des abîmes.

Non, non, cette terre maudite où nous vivons ne fait point de bienheureux ; on ne voit pas bien clair en ce pays de ténèbres ; on n’est point dans une parfaite tranquillité sur cette mer orageuse ; on n’est point sans combats dans ce lieu de tentation et ce champ de bataille ; on n’est point sans piqûre sur cette terre couverte d’épines ; il faut que les prédestinés et les réprouvés y portent leur croix, bon gré mal gré. Retenez ces quatre vers :



                                                        Choisis une des croix que tu vois au Calvaire,
                                                        Choisis bien sagement; car il est nécessaire
                                                        De souffrir comme un saint ou comme un pénitent,
                                                        Ou comme un réprouvé qui n’est jamais content.



C’est-à-dire que, si vous ne voulez pas souffrir avec joie, comme Jésus-Christ, ou avec patience, comme le bon larron, il faudra que vous souffriez malgré vous comme le mauvais larron; il faudra que vous buviez jusqu’à la lie du calice le plus amer, sans aucune consolation de la grâce, et que vous portiez le poids tout entier de votre Croix, sans aucune aide puissante de Jésus-Christ.

Il faudra même que vous portiez le poids fatal que le démon ajoutera à votre Croix, par l’impatience où elle vous jettera, et qu’après avoir été malheureux avec le mauvais larron sur la terre, vous alliez le trouver dans les flammes.
à suivre
Avatar de l’utilisateur
Laetitia
Messages : 2857
Inscription : ven. 20 oct. 2006 2:00

Re: Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Message par Laetitia »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit :Mais si, au contraire, vous souffrez comme il faut, la Croix deviendra un joug très-doux, que Jésus-Christ portera avec vous ; elle deviendra les deux ailes de l’âme qui s’élève au ciel ; elle deviendra un mât de navire, qui vous fera heureusement et facilement arriver au port du salut.

Portez votre Croix patiemment, et par cette Croix bien portée, vous serez éclairés en vos ténèbres spirituelles ; car qui ne souffre rien par la tentation, ne sait rien.

Portez votre Croix joyeusement, et vous serez embrasés du divin amour; car personne ne vit sans douleur, dans le pur amour du Sauveur. On ne cueille de roses que parmi les épines; la Croix seule est la pâture de l’amour de Dieu, comme le bois est celle du feu. Souvenez-vous donc de cette belle sentence du livre de l’Imitation: Autant que vous vous ferez de violence, en souffrant patiemment, autant vous avancerez dans l’amour divin.

N’attendez rien de grand de ces âmes délicates et paresseuses qui refusent la Croix quand elle les aborde, et qui ne s’en procurent aucune avec discrétion ; c’est une terre inculte qui ne donnera que des épines, parce qu’elle n’est point coupée, battue ni remuée par un sage laboureur ; c’est une eau croupissante qui n’est propre ni à laver ni à boire.

Portez votre Croix joyeusement, et vous y trouverez une force victorieuse , à laquelle aucun de vos ennemis ne pourra résister, et vous y goûterez une douceur charmante, à laquelle il n’y a rien de semblable. Oui, mes Frères, sachez que le vrai Paradis terrestre est de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ. Interrogez tous les Saints, ils vous diront qu’ils n’ont jamais goûté un festin si délicieux à l'âme, que lorsqu’ils ont souffert les plus grands tourments. Que tous les tourments du démon viennent fondre sur moi, disait saint Ignace, martyr. Ou souffrir ou mourir, disait sainte Thérèse. Non pas mourir, mais souffrir, disait sainte Madeleine de Pazzi. Souffrir et être méprisé pour vous, disait le bienheureux Jean-de-la-Croix ; et tant d’autres ont tenu le même langage, comme on lit dans leur vie.

Croyez Dieu, mes chers Frères : quand on souffre joyeusement pour Dieu, la Croix, dit le Saint-Esprit, est le sujet de toutes sortes de joie pour toutes sortes de personnes. La joie de la Croix est plus grande que celle d’un pauvre que l’on comble de toutes sortes de richesses; que la joie d’un paysan qu’on élève sur le trône ; que la joie d’un marchand qui gagne des millions d’or; que la joie des généraux d’armée qui remportent des victoires ; que la joie des captifs qui sont délivrés de leurs fers : enfin, qu’on s’imagine toutes les plus grandes joies d’ici bas, celle d’une personne crucifiée, qui souffre bien, les renferme et les surpasse toutes.

Réjouissez-vous donc et tressaillez d’allégresse, lorsque Dieu vous fera part de quelque bonne Croix ; car ce qu’il y a de plus grand dans le ciel et en Dieu même tombe en vous, sans vous en apercevoir. Le grand présent de Dieu que la Croix ! Si vous le compreniez, vous feriez dire des messes, vous feriez des neuvaines aux tombeaux des Saints, vous entreprendriez de longs voyages, comme les Saints ont fait, pour obtenir du ciel ce divin présent.
à suivre
Avatar de l’utilisateur
Laetitia
Messages : 2857
Inscription : ven. 20 oct. 2006 2:00

Re: Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Message par Laetitia »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit :Le monde l’appelle une folie, une infamie, une sottise, une indiscrétion, une imprudence; laissez dire ces aveugles: leur aveuglement, qui leur fait regarder la Croix en hommes et tout de travers, fait une partie de notre gloire toutes les fois qu’ils nous procurent quelques croix par leur mépris et leurs persécutions; ils nous donnent des bijoux ; ils nous mettent sur le trône; ils nous couronnent de lauriers; que dis-je ? toutes les richesses tous les honneurs, tous les sceptres, toutes les couronnes brillantes des potentats et des empereurs, ne sont pas comparables à la gloire de la Croix, dit saint Jean-Chrysostome ; elle surpasse la gloire d’Apôtre et d’écrivain sacré.

Je quitterais volontiers le ciel, s’il était à mon choix, dit ce saint homme éclairé du Saint-Esprit, pour endurer pour le Dieu du ciel. Je préférerais les cachots et les prisons aux trônes de l’empyrée, je n’ai pas tant d’envie de la gloire des Séraphins que des plus grandes Croix. J’estime moins le don des miracles par lequel on commande aux démons, on ébranle les éléments, on arrête le soleil, on donne la vie aux morts, que l’honneur des souffrances.

Saint Pierre et saint Paul sont plus glorieux dans les cachots, les fers aux pieds, que de s’élever au troisième ciel, et de recevoir les clefs du Paradis. En effet, n’est-ce pas la Croix qui a donné à Jésus-Christ un nom au-dessus de tous les noms, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, et sur la terre, et dans les enfers ?

La gloire d’une personne qui souffre bien est si grande, que le ciel, les anges, et les hommes, et le Dieu même du ciel la contemplent avec joie, comme le plus glorieux spectacle, et que si les Saints avaient un désir, ce serait de revenir sur la terre porter quelques croix.

Mais si cette gloire est si grande même sur la terre, quelle sera donc celle qu’elle acquiert dans le ciel ? Qui expliquera et qui comprendra jamais ce poids éternel de gloire qu’opère en nous un seul moment d’une Croix bien portée ? Qui comprendra celle qu’une année, et quelquefois une vie toute entière de croix et de douleurs, opère dans le ciel ? Assurément, mes chers Amis de la Croix, le ciel vous prépare à quelque chose de grand, vous dit un grand Saint, puisque le Saint-Esprit vous unit si étroitement dans une chose que tout le monde fuit avec tant de soin. Assurément Dieu veut faire autant de Saints et de Saintes que vous êtes d’Amis de la Croix, si vous êtes fidèles à votre vocation, si vous portez votre Croix comme il faut, comme Jésus-Christ l’a portée.
à suivre
Avatar de l’utilisateur
Laetitia
Messages : 2857
Inscription : ven. 20 oct. 2006 2:00

Re: Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Message par Laetitia »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit :Mais il ne suffit pas de souffrir, le démon et le monde ont leurs martyrs ; mais il faut souffrir et porter sa Croix sur les traces de Jésus-Christ, sequatur me, qu’il me suive, c’est-à-dire de la manière qu’il l’a portée, et voici pour cela les règles que vous devez garder :

1° Ne vous procurez point exprès et par votre faute des croix ; il ne faut pas faire du mal pour qu’il en arrive du bien; il ne faut pas, sans une inspiration spéciale, faire les choses d’une mauvaise manière, pour s’attirer le mépris des hommes : il faut plutôt imiter Jésus-Christ, dont il est dit qu’il a bien fait toutes choses, non pas par amour-propre ou par vanité, mais pour plaire à Dieu et pour gagner le prochain. Et si vous vous acquittez le mieux que vous pourrez de vos emplois, vous n’y manquerez pas de contradictions, de persécutions ni de mépris, que la divine Providence vous enverra, contre votre volonté et sans votre choix.

2° Si vous faites quelque chose d’indifférent, dont le prochain se scandalise, quoique mal à propos, abstenez-vous-en par charité, pour faire cesser le scandale des petits ; et l’acte héroïque de la charité que vous faites en cette occasion, vaut infiniment mieux que la chose que vous faisiez ou que vous vouliez faire. Si cependant le bien que vous faites est nécessaire ou utile au prochain, et que quelque Pharisien ou mauvais esprit s’en scandalise mal à propos, consultez un sage pour savoir si la chose que vous faites est nécessaire et beaucoup utile au commun du prochain, et s’il la juge telle, continuez-la, et les laissez dire, pourvu qu’ils vous laissent faire, et répondez en cette occasion ce que répondit Notre-Seigneur à quelques-uns de ses disciples, qui vinrent lui dire que les Scribes et les Pharisiens étaient scandalisés de ses paroles et de ses actions : Laissez-les, ce sont des aveugles.

3° Quoique quelques saints et grands personnages aient demandé, recherché, et même se soient procuré par des actions ridicules, des Croix, des mépris et des humiliations, adorons et admirons seulement l’opération extraordinaire du Saint-Esprit dans leur âme, et humilions-nous à la vue d’une si sublime vertu, sans oser voler si haut, n’étant auprès de ces aigles rapides et de ces lions rugissants, que des poules mouillées et des chiens morts.

4° Vous pouvez cependant, et même vous devez demander la sagesse de la Croix, qui est une science savoureuse et expérimentale de la vérité, qui fait voir dans le jour de la foi les mystères les plus cachés, entre autres celui de la Croix, ce qu’on n’obtient que par de grands travaux, de profondes humiliations et des prières ferventes. Si vous avez besoin de cet esprit principal, qui fait porter les croix les plus lourdes avec courage ; de cet esprit bon et doux, qui fait goûter dans la partie supérieure de l’âme, les amertumes les plus dégoûtantes ; de cet esprit sain et droit, qui ne cherche que Dieu; de cette science de la Croix, qui renferme toutes choses ; en un mot de ce trésor infini dont le bon usage rend une âme participante de l’amitié de Dieu : demandez la sagesse, demandez-la incessamment et fortement, sans hésiter, sans crainte de ne la pas obtenir, et vous l’aurez immanquablement , et puis vous verrez clairement par expérience, comment il se peut faire qu’on désire, qu’on recherche et qu’on goûte la Croix.
à suivre
Avatar de l’utilisateur
Laetitia
Messages : 2857
Inscription : ven. 20 oct. 2006 2:00

Re: Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Message par Laetitia »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit :5° Quand vous aurez, par ignorance ou même par votre faute, fait quelque bévue qui vous procure quelque croix, humiliez-vous en aussitôt en vous-mêmes, sous la main puissante de Dieu, sans vous en troubler volontairement, disant, par exemple, intérieurement : Voilà, Seigneur, un tour de mon métier; et s’il y a du péché dans la faute que vous avez faite, prenez l’humiliation qui vous en revient comme son châtiment, et s’il n’y a point de péché, comme une humiliation de votre orgueil. Souvent, et même très-souvent, Dieu permet que ses plus grands serviteurs, qui sont les plus élevés en sa grâce, fassent des fautes des plus humiliantes, afin de les humilier à leurs yeux et devant les hommes, afin de leur ôter la vue et la pensée orgueilleuse des grâces qu’il leur donne, et du bien qu’ils font, afin qu’aucune chair, comme dit le Saint-Esprit, ne se glorifie devant Dieu.

6° Soyez bien persuadés que tout ce qui est en nous est tout corrompu par le péché d’Adam et par les péchés actuels, et non-seulement les sens du corps, mais toutes les puissances de l’âme, et que dès lors que notre esprit corrompu regarde quelque don de Dieu en nous avec réflexion et complaisance, ce don, cette action, cette grâce devient toute souillée et corrompue, et Dieu en détourne ses yeux divins. Si les regards et les pensées de l’esprit de l’homme, gâtent ainsi les meilleures actions et les dons les plus divins, que dirons-nous des actes de la volonté propre, qui sont encore plus corrompus que ceux de l’esprit ?

Après cela, il ne faut pas s’étonner si Dieu prend plaisir à cacher les siens dans les secrets de sa face, afin qu’ils ne soient point souillés par les regards des hommes et par leurs propres connaissances ; et pour les cacher ainsi, que ne permet et ne fait point ce Dieu jaloux ? Combien d’humiliations leur procure-t-il ? En combien de fautes les laisse-t-il tomber ? De quelles tentations permet-il qu’ils soient attaqués comme saint Paul ? En quelles incertitudes, ténèbres, perplexités, les laisse-t-il ? O que Dieu est admirable dans ses Saints, et dans les voies qu’il tient pour les conduire à l’humilité et à la sainteté !
à suivre
Avatar de l’utilisateur
Laetitia
Messages : 2857
Inscription : ven. 20 oct. 2006 2:00

Re: Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Message par Laetitia »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit :7° Prenez donc bien garde de croire, comme les dévots orgueilleux et pleins d’eux-mêmes, que vos croix sont grandes, qu’elles sont des épreuves de votre fidélité et des témoignages d’un amour singulier de Dieu en votre endroit; ce piège d’orgueil spirituel est fort fin et délicat, mais plein de venin.

Vous devez croire,
           1° que votre orgueil et votre délicatesse vous font prendre pour des poutres, des pailles ; pour des plaies, des piqûres; pour un éléphant, un rat; pour une injure atroce et un abandon cruel, une petite parole en l’air, un petit rien dans la vérité ;
           2° que les croix que Dieu vous envoie sont plutôt des châtiments amoureux de vos péchés, comme il est en effet, que des marques d’une bienveillance spéciale ;
           3° que quelque Croix et quelque humiliation qu’il vous envoie, il vous épargne infiniment, vu le nombre et l’énormité de vos crimes, que vous ne devez regarder qu’à travers la sainteté de Dieu, qui ne souffre rien d’impur, et que vous avez attaqué à travers un Dieu mourant, et accablé de douleurs à cause de l’apparence de votre péché, et à travers un enfer éternel que vous avez mérité mille et peut-être cent mille fois ;
           4° que dans la patience avec laquelle vous souffrez , vous y mêlez plus d’humain et de naturel que vous ne pensez ; témoins ces petits ménagements ; ces secrètes recherches de la consolation ; ces ouvertures de cœur si naturelles à vos amis, peut-être à votre directeur; ces excuses si fines et si promptes; ces plaintes, ou plutôt ces médisances de ceux qui vous ont fait le mal, si bien tournées, si charitablement prononcées; ces retours et ces complaisances délicates en vos maux ; cette croyance de Lucifer, que vous êtes quelque chose de grand, etc. Je n’aurais jamais fait, s’il fallait ici décrire les tours et les détours de la nature, même dans les souffrances.
à suivre
Avatar de l’utilisateur
Laetitia
Messages : 2857
Inscription : ven. 20 oct. 2006 2:00

Re: Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Message par Laetitia »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit : 8° Faites profit et même davantage des petites souffrances que des grandes. Dieu ne regarde pas tant la souffrance que la manière avec laquelle on souffre.

Souffrir beaucoup et souffrir mal, c’est souffrir en damné ; souffrir beaucoup et avec courage, mais pour une mauvaise cause, c’est souffrir en martyr du démon ; souffrir peu ou beaucoup et souffrir pour Dieu, c’est souffrir en saint.

S’il est vrai de dire qu’on peut faire choix des croix, c’est particulièrement des petites et obscures, quand elles viennent en parallèle avec les grandes et éclatantes. L’orgueil de la nature peut demander, rechercher, et même choisir et embrasser les croix grandes et éclatantes ; mais de choisir, et de bien joyeusement porter les croix petites et obscures, ce ne peut être que l’effet d’une grande grâce et d’une grande fidélité à Dieu.

Faites donc comme le marchand au regard de son comptoir ; faites profit de tout, ne laissez pas perdre la moindre parcelle de la vraie Croix, quand ce ne serait qu’une piqûre de mouche ou d’épingle, qu’un petit travers d’un voisin, qu’une petite injure par méprise, qu’une petite perte d’un denier, qu’un petit trouble dans l’âme, qu’une petite lassitude dans le corps, qu’une petite douleur dans un de vos membres, etc.

Faites profit de tout, comme l’épicier de sa boutique, et vous deviendrez bientôt riches en Dieu, comme il devient riche en argent, en mettant denier sur denier dans son comptoir. A la moindre petite traverse qui vous arrive, dites : Dieu soit béni ! mon Dieu, je vous remercie; puis cachez dans la mémoire de Dieu, qui est comme votre comptoir, la Croix que vous venez de gagner, et puis ne vous en souvenez plus que pour dire : Grand merci ou miséricorde.
à suivre
Avatar de l’utilisateur
Laetitia
Messages : 2857
Inscription : ven. 20 oct. 2006 2:00

Re: Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Message par Laetitia »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit :9° Quand on vous dit d’aimer la Croix, on ne parle pas d’un amour sensible, qui est impossible à la nature; distinguez donc bien trois amours : l’amour sensible, l’amour raisonnable, l’amour fidèle et suprême, ou autrement l’amour de la partie inférieure qui est la chair, l’amour de la partie supérieure qui est la raison, et l’amour de la partie suprême, ou cime de l'âme, qui est l’intelligence éclairée de la foi.

Dieu ne demande pas de vous que vous aimiez la Croix de la volonté de la chair; comme elle est toute corrompue et criminelle, tout ce qui en naît est corrompu, et même elle ne peut être soumise par elle-même à la volonté de Dieu et à sa loi crucifiante. C’est pourquoi Notre-Seigneur, parlant d’elle au jardin des Olives, s’écria : Mon Père, que votre volonté soit faite, et non la mienne.

Si la partie inférieure de l’homme en Jésus-Christ, quoiqu’elle fût sainte, n’a pu aimer la Croix sans aucune interruption à plus forte raison la nôtre qui est toute corrompue la repoussera-t-elle. Nous pouvons à la vérité éprouver quelquefois une joie même sensible de ce que nous souffrons, comme plusieurs Saints ont ressenti : mais cette joie ne vient pas de la chair, quoiqu’elle soit dans la chair ; elle ne vient que de la partie supérieure qui est si remplie de cette divine joie du Saint-Esprit, qu’elle la fait rejaillir jusque sur la partie inférieure ; en sorte qu’en ce moment la personne la plus crucifiée peut dire : Mon cœur et ma chair ont tressailli d’allégresse dans le Dieu vivant.

Il y a un autre amour de la Croix que j’appelle raisonnable, et qui est dans la partie supérieure qui est la raison : cet amour est tout spirituel, et comme il naît de la connaissance du bonheur qu’on a de souffrir pour Dieu, il est perceptible et même aperçu par l’âme, il la réjouit intérieurement et la fortifie. Mais cet amour raisonnable et aperçu, quoique bon et très bon, n’est pas toujours nécessaire pour souffrir joyeusement et divinement.

C’est pourquoi il y a un autre amour de la cime et de la pointe de l’âme , disent les maîtres de la vie spirituelle, ou de l’intelligence, disent les philosophes, par lequel sans ressentir aucune joie dans les sens, sans apercevoir aucun plaisir raisonnable dans l’âme, on aime cependant et on goûte par la vue de la pure foi, la Croix qu’on porte, quoique souvent tout soit en guerre et en alarmes dans la partie inférieure qui gémit, qui se plaint, qui pleure et qui cherche à se soulager, en sorte qu’on dise avec Jésus-Christ : Mon Père, que votre volonté soit faite et non pas la mienne; ou avec la sainte Vierge: Voici l’esclave du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. C’est de l’un de ces deux amours de la partie supérieure que nous devons aimer et agréer la Croix.
à suivre
Avatar de l’utilisateur
Laetitia
Messages : 2857
Inscription : ven. 20 oct. 2006 2:00

Re: Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Message par Laetitia »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit :10° Résolvez-vous, chers Amis de la Croix, à souffrir toutes sortes de Croix sans exception et sans choix : toute pauvreté, toute injustice, toute perte, toute maladie, toute humiliation, toute contradiction, toute calomnie, toute sécheresse, tout abandon, toute peine intérieure et extérieure; disant toujours : Mon cœur est préparé, mon Dieu, mon cœur est préparé.

Préparez-vous donc à être délaissés des hommes et des anges, et comme de Dieu même, à être persécutés, enviés, trahis, calomniés, décrédités et abandonnés de tous; à souffrir la faim, la soif, la mendicité, la nudité, l’exil, la prison, la potence et toutes sortes de supplices, quoique vous ne l’ayez pas mérité pour les crimes qu’on vous impose.

Enfin imaginez-vous qu’après avoir perdu vos biens et votre honneur, après avoir été jetés hors de votre maison comme Job et sainte Elisabeth, reine de Hongrie, on vous jette comme cette sainte dans la boue, on vous traîne comme Job sur un fumier, tout puant et couvert d’ulcères, sans qu’on vous donne du linge pour mettre sur vos plaies, ni un morceau de pain à manger, qu’on ne refuserait pas à un cheval ou à un chien, et qu’avec tous ces maux extrêmes Dieu vous laisse comme en proie à toutes les tentations des démons, sans verser dans votre âme la moindre consolation sensible.

Croyez fermement que voilà le souverain point de la gloire divine et de la félicité véritable d’un vrai et parfait Ami de la Croix.
à suivre
Avatar de l’utilisateur
Laetitia
Messages : 2857
Inscription : ven. 20 oct. 2006 2:00

Re: Lettre circulaire aux Amis de la Croix

Message par Laetitia »

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit :11° Pour vous aider à bien souffrir, faites-vous une sainte habitude de regarder quatre choses :

Premièrement, l’œil de Dieu, qui, comme un grand roi, du haut d’une tour, regarde son soldat dans la mêlée avec complaisance et avec louange de son courage. Qu’est-ce que Dieu regarde sur la terre ? Les rois et empereurs sur leurs trônes ? il ne les regarde souvent qu’avec mépris; les grandes victoires des armées de l’État, les pierres précieuses, les choses en un mot qui sont grandes aux yeux des hommes ? ce qui est grand aux yeux des hommes est une abomination devant Dieu. Qu’est-ce donc qu’il regarde avec plaisir et complaisance, et dont il demande des nouvelles aux anges et aux démons mêmes ? c’est un homme qui se bat pour Dieu avec la fortune, avec le monde, avec l’enfer et avec soi-même, un homme qui porte joyeusement sa croix. N’as-tu pas vu sur la terre une grande merveille que tout le Ciel regarde avec admiration, dit le Seigneur à Satan ? N’as-tu pas vu mon serviteur Job qui souffre pour moi ?

Secondement, considérez la main de ce puissant Seigneur, qui fait tout le mal de la nature qui nous arrive, depuis le plus grand jusqu’au moindre. La même main qui a mis une armée de cent mille hommes sur le carreau, a fait tomber la feuille de l’arbre et le cheveu de votre tête; la main qui avait touché Job rudement, vous touche doucement par le petit mal qu’elle vous fait. De la même main il forme le jour et la nuit, le soleil et les ténèbres, le bien et le mal ; il a permis les péchés qu’on commet en vous choquant, il n’en a pas fait la malice, mais il en a permis l’action.

Ainsi quand vous verrez, un Séméï vous dire des injures, vous jeter des pierres comme au roi David, dites en vous-mêmes : « Ne nous vengeons point, laissons-le faire, car le Seigneur lui a ordonné d’en agir ainsi. Je sais que j’ai mérité toutes sortes d’outrages, et que c’est avec justice que Dieu me punit. Arrêtez-vous, mes bras ; vous, ma langue, arrêtez-vous, ne frappez point, ne dites mot : cet homme ou cette femme me disent ou font des injures, ce sont les ambassadeurs de Dieu, qui viennent de la part de sa miséricorde pour tirer vengeance à l’amiable. N’irritons pas sa justice, en usurpant les droits de sa vengeance, ne méprisons pas sa miséricorde, en résistant à ses coups de fouet tout amoureux, de peur qu’elle ne nous renvoie pour se venger à la pure justice de l’éternité.»

Regardez une main de Dieu toute puissante, et infiniment prudente, qui vous soutient, tandis que son autre vous frappe ; il mortifie d’une main, et vivifie de l’autre ; il abaisse et il relève, et de ses deux bras il atteint d’un bout à l’autre de votre vie doucement et fortement, doucement en ne permettant pas que vous soyez tentés et affligés au-dessus de vos forces, fortement en vous secondant d’une grâce puissante, qui correspond à la force et à la durée de la tentation et de l’affliction, fortement encore, en devenant lui-même, comme il le dit par l’esprit de sa sainte Église, votre appui sur le bord du précipice auprès duquel vous êtes, votre compagnon dans le chemin où vous vous égarez, votre ombrage dans le chaud qui vous brûle, votre vêtement dans la pluie qui vous mouille et le froid qui vous glace, votre voiture dans la lassitude qui vous accable, votre secours dans l’adversité qui vous arrive, votre bâton dans les pas glissants et votre port au milieu des tempêtes qui vous menacent de ruine et de naufrage.
à suivre
Répondre

Revenir à « Doctrine et débats sur les principes »

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Bing [Bot] et 4 invités