Re: L' Ami du Clergé sur Mgr Darboy
Publié : ven. 16 févr. 2018 9:46
Ami du Clergé, n 50, 12 décembre 1907, p 1126, colonne de droite a écrit :On voit sur quels sophismes et sur quelle fausseté repose toute cette argumentation de Mgr Darboy.
Votre Éminence laisse deviner que le Saint-Siège ne fera rien dans cet ordre d'idées; c'est donc à moi de faire quelque chose. Vous le pensez ainsi et vous me proposez d'adresser directement au Saint-père ma justification. Je vous demande pardon du sentiment pénible qu'un tel conseil fait naître en moi. Comment ! Je suis l'objet d'une injure, et vous m'invitez à présenter des excuses ! On me diffame avec passion, par les soins d'agents malhonnêtes qui croient faire plaisir au Saint-Siège, la lettre qui me blâme est entre les mains d'un grand nombre d'évêques français et étrangers, et vous m'invitez à me justifier en secret et devant le pape seul.
Mais le Saint-Père sait sans doute à quoi s'en tenir sur mon compte. Trois ans se sont écoulés depuis sa lettre et la réponse que j'y ai faite ; dans cet intervalle, il m'a souvent écrit, et il m'a vu, il y a six mois, sans me demander de compléter ma réponse. Ce n'est donc pas lui qu'il faut édifier, c'est l'opinion qui veut être éclairée et qui attend une explication. L'affaire n'est plus sur an terrain où seule l'autorité ecclésiastique a quelque chose à voir ; elle est sur le terrain de la raison, de la logique et des convenances, et là tout le monde est juge . Ce n'est pas moi qui l'ai voulu, je n'en puis être blâmé. L'attaque étant publique, il est nécéssaire que la défense le devienne également.
Il prétend qu'il a répondu au Pape : ce n'est pas vrai, il n'a répondu que sur le point tout à fait secondaire qui vise les funérailles Magnan ; il a formellement refusé d'entrer en explications sur les « vaines querelles de mots » ou semblants de malentendus que représente pour lui le reste de la Lettre pontificale, -- répétant sans cesse qu'il démontrera plus tard tout ce que l'on voudra, « quand la marche de cette affaire amènera » ses « arguments ».
Il prétend que le Pape, dans son entrevue de juin 1867, ne lui a pas demandé de compléter sa réponse : d'abord ce n'était pas au Pape à commencer, et l'archevêque l'avait senti, puisqu'il lui avait écrit, de Paris, qu'il profiterait de son voyage de Rome pour tout éclaircir. Et puis, si le Pape n'a pas formulé de demande impérative, il a, dans sa condescendance paternelle, ouvert, à plusieurs reprises, la voie à des explications qui ont été déclinées.
Il prétend qu'on le diffame, qu'on l'injurie, que c'est lui qui est l'offensé. Mais son discours au Sénat de l'Empire (16 mars 1865) était un outrage public au Saint-Siège, une négation publique de la puissance pontificale; et ce qui peut nous étonner, nous, maintenant, c'est que le Pape ait patienté si longtemps et que, devant le refus d'explications de l'archevêque, il n'ait pas donné plutôt à sa protestation une publicité qui eût été un soulagement non pas pour « l'opinion » mais pour la conscience catholique! Evidemment le Pape avait ses raisons ! Mais enfin, imaginez que la Lettre pontificale n'ait pas été publiée et qu'un critique du XXVe ou du XXXe siècle découvre, dans la collection du Journal officiel , le discours de Mgr Darboy au Sénat : vite, en l'absence de protestation pontificale, il conclura que le Pape, en l'an de grâce 1865, n'était pas très sûr de ses droits



