Re: Saint Thomas et l'Immaculée
Publié : jeu. 08 déc. 2022 15:57
(à suivre)Le Cardinal Gousset a écrit :
Mais la difficulté disparaît si l'on compare entre elles les éditions anciennes et modernes de ses œuvres, et si l'on reconnaît, comme on est forcé de le reconnaître, que plusieurs de ses ouvrages, notamment ceux où il parle de la Conception de Marie, ont subi des suppressions ou d'évidentes altérations. Ce fait s'appuie sur le témoignage aussi détaillé qu'authentique de plusieurs savants Dominicains. Guillaume, évêque in partibus, dans son livre pour la Défense de saint Thomas, s'exprime ainsi : « Rien de plus odieux que ce qu'ont osé les hommes pervers et criminels, soit pour affaiblir l'autorité de saint Thomas, soit, comme j'aime mieux à le croire, pour étayer et soutenir du nom d'un si grand homme quelque opinion adoptée par eux, et qui se trouvait encore dans le domaine de la controverse. » Gilles le Romain, disciple dévoué du Docteur Angélique, et qui posséda toute sa confiance, composa, peu après la mort de ce saint, un livre intitulé : Critique du falsificateur des écrits de Thomas d'Aquin (4).
Pareillement, Richard Klapoel, Noël Hervé, Guillaume Messelech, Jean de Paris, tous de l'Ordre de Saint Dominique, ont rigoureusement écrit contre les corrupteurs du texte de saint Thomas. Enfin Jean Nicolaï, dans sa préface des œuvres du saint Docteur, imprimées à Paris, en 1663, atteste et déclare « qu'il a purgé le texte de la Somme de saint Thomas, non-seulement d'un grand nombre de fautes typographiques, mais principalement de fautes affectées et laissées à dessein, lesquelles renversaient le sens légitime, la sincérité historique et la vérité ; qu'il a dû remplir plusieurs interruptions et lacunes pour suppléer la suite du texte qui manquait, laissant ainsi le lecteur incertain au milieu d'un sens incomplet, ou l'induisant en erreur par un sens qui n'était pas le véritable. »
En preuve de cette assertion, nous avons le fait des anciennes éditions du Commentaire sur le chapitre III de l’Épître de saint Paul aux Galates. Dans ces anciennes éditions, saint Thomas parle ainsi : « Entre toutes les femmes je n'en ai point trouvé qui fût tout à fait exemple, au moins du péché d'origine, ou du péché véniel; j'en excepte toutefois la très-pure Vierge Marie, digne de toute louange, qui a été entièrement préservée de l'un et de l'autre. » Cette exception si claire et si nette du saint Docteur ne se lit plus dans les éditions postérieures, les seules cependant qui circulent aujourd'hui, et qui se trouvent entre les mains des hommes d'étude. C'est ainsi encore que, dans les éditions récentes de la Somme (part. 3, 9, 27, art. 2), on fait dire au Docteur Angélique que Marie « n'a été sanctifiée et purifiée du péché originel, ni avant l'animation, ni dans l'animation, mais après l'animation, » tandis que ces paroles ne se lisent point au lieu cité, ni dans le manuscrit de Séville, ni dans celui qui se conservait au couvent des Dominicains de Marseille, ni dans d'autres (5).
(4) Castigatorium in Corruptorem librorum Thomæ Aquinatis.
(5) Voyez Dissertazione polemica sull'Immaculato Concepimento di Maria, par le cardinal Lambruschini ; Esame critico sulla dottrina dell' Angelico Dottore circa il peccato originale relativamente alla B. V Maria, par le P. Spada Mariano, Dominicain ; PARERI, dell' Episcopato cattolico, etc., vol. V, pag. 581 ; Causa Immac. Concept. B. V. M., par le P. Plazza, de la Société de Jésus, act. VII, n° 135 et seq. ; Innocentia vindicata, etc., par le Cardinal SFONDRAT.