Re: SUR LA PRÉDESTINATION ET LE PETIT NOMBRE DES ÉLUS
Publié : jeu. 05 nov. 2020 18:23
[Figures]. — Les figures de l'ancienne loi nous font voir, à travers leurs
ombres, la vérité que le Fils de Dieu nous a déclarée lui-même dans
l'Evangile : Que le nombre des élus est fort petit, et celui des réprouvés
fort grand : Multi sunt vocati, pauci verò electi. S. Paul a employé une de
ces figures à ce sujet, et à l'occasion des Israélites, qui étaient au nombre
de plus de six cent mille, sans compter les femmes et les enfants, voici
comment parle cette apôtre : Patres nostri omnes sub nube fuerunt et omnes
mare transierunt, et omnes baptizati sunt in nube et in mari, et omnes
eamdem escam spiritualem biberunt, etc ; sed non in pluribus eorum beneplacitum
est Deo. Voilà quatre choses différentes, qui ne font qu'une même
figure : savoir, une nuée, la mer, un baptême et une viande. Ces Israélites,
qui étaient le peuple de Dieu, furent tous couverts de la même nuée qui
leur servait de guide dans le désert; ils passèrent tous la mer Rouge, ce
qui leur servit de baptême; ils furent tous nourris de la même viande;
et néanmoins, il n'y a eu, de tout ce prodigieux nombre, que Caleb et
Josué qui aient été choisis de Dieu pour entrer dans la terre promise, et,
de peur qu'on ne vînt à s'imaginer que Dieu en use d'une autre manière
envers les chrétiens, le même S. Paul ajoute : Haec in figura facta sunt
nostri. — Tirons le voile, et, pour faire la juste application de cette
figure, disons que tous les adultes sont à l'abri de la même protection de
Dieu, qu'ils passent tous par les eaux des tribulations, qu'ils ont tous
reçu le même sacrement de Baptême, et qu'ils mangent tous la même
Eucharistie, mais qu'il y en a très-peu cependant qui arrivent au bonheur
éternel, dont la terre promise était la figure.
On peut emprunter au prince des Apôtres une deuxième figure, plus
ancienne que la première, et qui n'exprime pas moins clairement la vérité.
C'est le déluge, qui abîma tout le genre humain, à la réserve de la
famille de Noé, laquelle n'était composée que de huit personnes, qui se
sauva dans l'arche. Il y avait environ deux mille ans que le monde subsistait ;
durant cette longue suite de vingt siècles, les hommes s'étaient
multipliés presqu'à l'infini, et remplissaient tout le monde : et néanmoins,
de toute cette foule innombrable de peuple, il n'échappa que huit personnes ;
tout le reste fut enseveli dans les eaux du déluge ; Pauci, id est
octo animae, salvae factae sunt per aquam. Et S. Pierre ajoute, en parlant
aux fidèles adultes, que c'est de la même manière que le baptême sauve
fort peu de personnes : non pas qu'il n'ait la force d'en sauver davantage,
et universellement tous ceux qui le reçoivent, pourvu qu'ils conservent
jusqu'à la mort la justice qu'ils y reçoivent.
La troisième figure nous est représentée, au chapitre 20 de la Genèse,
dans l'histoire des cinq villes pécheresses qui furent brûlées avec tous
leurs habitants par un feu de soufre descendu du ciel, auquel il n'y eut
que Loth et sa famille qui échappèrent. Ce qui a fait dire à l'apôtre
S. Jude, dans son Epître canonique, que Sodome et Gomorrhe, avec les
villes voisines, nous servent d'exemple en ce que leurs habitants, d'un feu
passager qui est tombé sur eux, ont été précipités dans un feu éternel, où
ils seront à jamais tourmentés. — Je passe toutes les autres figures :
comme de toutes les veuves qui se trouvèrent en nécessité, et de tous les
hommes qui furent frappés de lèpre, la seule veuve de Sarepta fut secourue,
et le seul Naaman guéri, et, comme S. Luc rapporte d'une foule
nombreuse de malades qui s'amassaient dans Jérusalem auprès de la piscine
Probatique, un seul était guéri par la vertu de l'Ange qui remuait
l'eau.
A SUIVRE...