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Re: Extraits de "La Cité Mystique de Dieu"

Publié : ven. 09 févr. 2018 16:27
par chartreux
§540 a écrit : La docilité fut en elle comme la fille légitime de son humilité incomparable, puisque ayant reçu dès l'instant de son immaculée conception une si grande plénitude de science, et étant la Maîtresse et la mère de la véritable sagesse elle se laissa néanmoins toujours enseigner par les plus grands et par les égaux selon la nature, aussi bien que par les plus petits, s'estimant la moindre de tous, et voulant bien être disciple de ceux qui étaient très-ignorants par rapport à elle. Elle donna durant toute sa vie des marques de cette docilité comme une très-innocente colombe, cachant sa sagesse avec une prudence plus grande que celle du serpent (Matth., X,16.). Elle se laissa enseigner par ses parents, par sa maîtresse Anne, par ses compagnes, par son époux Joseph et par les apôtres, voulant apprendre de toutes les créatures pour être un exemple admirable de cette vertu et de celle de l'humilité
§541 a écrit : Le raisonnement de la très auguste Marie se découvre fort clairement dans les endroits où l'évangéliste saint Luc parlant d'elle, dit qu'elle conservait et ruminait dans son coeur ce qui arrivait touchant les oeuvres et les mystères de son très-saint Fils (Luc., II, 19 et 51.). Cette réflexion qu'elle y faisait ne pouvait être qu'un effet de son raisonnement, par lequel elle confrontait les choses premières avec celles qui succédaient, les méditant en elle-même pour former dans son coeur des conseils très-prudents, et les appliquer ensuite à tout ce qui était convenable pour opérer aussi justement et avec cette rectitude qu'elle le faisait. Et quoiqu'elle connut plusieurs choses sans discours, et par une vue ou intelligence très-simple qui surpassait tous les discours humains, elle pouvait néanmoins se servir du raisonnement, par rapport aux oeuvres qu'elle devait exercer dans les vertus et appliquer par le discours le raisonnement général des vertus à ses propres opérations.

Re: Extraits de "La Cité Mystique de Dieu"

Publié : ven. 09 févr. 2018 16:28
par chartreux
§545 a écrit : Elle eut, en qualité de seule Impératrice de l'Église, la prudence monarchique, enseignant, instruisant et gouvernant les saints apôtres dans la primitive Église, afin de l'assurer et d'établir en elle les lois et les cérémonies les plus nécessaires et les plus convenables à sa propagation et à sa fermeté; et quoiqu'elle leur obéît et les interrogeât, dans les choses particulières, singulièrement saint Pierre, comme vicaire de Jésus-Christ, et saint Jean, comme son aumônier ; néanmoins ils la consultaient et lui obéissaient conjointement avec les autres fidèles dans les choses générales et dans toutes les affaires qui concernaient le gouvernement de l'Église. Elle enseigna aussi les rois et les princes chrétiens qui lui demandérent conseil, parce que plusieurs s'adressèrent à elle après la glorieuse ascension de son très-saint Fils pour avoir le bien de la connaître et d'en être instruits ; principalement les trois rois mages , qui le consultèrent après avoir adoré l'Enfant; et elle leur répondit et leur enseigna tout ce qu'ils devaient faire dans leur gouvernement et dans leurs états, avec tant de lumière et si à propos, quelle fut l'étoile et la guide qui leur enseigna le chemin de l'éternité. Ils s'en retournérent en leur pays éclairés, consolés et remplis d'admiration de sa sagesse , de sa prudence et de la très-douce efficace des paroles qu'ils avaient ouïes d'une si jeune vierge; et pour être convaincus de cette vérité, il ne faut qu'entendre cette même Reine quand elle dit : Les rois régnent par moi, et c'est par moi que les princes commandent, et les législateurs ordonnent ce qui est juste (Prov., VIII, XV.).

Re: Extraits de "La Cité Mystique de Dieu"

Publié : ven. 09 févr. 2018 17:00
par chartreux
§546 a écrit :
Elle exerça aussi la prudence politique, enseignant les républiques, les peuples et les assemblées des premiers fidèles, singulièrement comment ils se devaient comporter dans leurs actions publiques et dans leurs gouvernements; comment il fallait obéir aux rois, aux princes temporels, et particulièrement au vicaire de Jésus-Christ et chef de l'Église, aux supérieurs et aux évêques; et en quelle manière on devait régler les conciles, aussi bien que les définitions et les décrets qu'on y faisait.
§546 a écrit :
On pourrait rapporter ici le courage invincible et la prudence héroïque dont cette puissante Dame se servit pour vaincre le prince des ténébres, nous enseignant de combattre contre lui avec bien plus de sagesse et de prudence que ne le firent David contre le géant (1 Reg., XVII, 50.), Judith contre Holopherne (Judith., XIII, 10.), ni Esther contre Aman (Esther., VII, 6.). Quand bien même ces espèces et ces habitudes de prudence n'eussent point du servir à la mère de la sagesse pour toutes les actions que nous venons de raconter, il, était convenable qu'elle les eut toutes, non-seulement à cause de l'ornement qui en résultait à son âme très-sainte, mais aussi pour être la médiatrice et l'avocate incomparable du monde; car devant demander sous ces qualités tous les secours que Dieu avait destinés aux hommes, sans qu'ils en dussent recevoir aucun qui ne leur vint par ses mains et par son intercession, il fallait qu'elle eut une connaissance parfaite des vertus qu'elle demandait pour eux , et qu'elles sortissent de cette Dame comme de leur origine et de leur source, après notre Seigneur Jésus-Christ, où elles se trouvent comme dans leur principe incréé.

Re: Extraits de "La Cité Mystique de Dieu"

Publié : lun. 19 févr. 2018 12:36
par chartreux
§552 a écrit :
Cette incomparable Princesse garda cette équité dans plusieurs choses que l'on fit par sa volonté et par sa disposition, parmi les fidèles de la primitive Église : comme de distribuer les biens communs pour l'entretien et pour diverses autres nécessités des personnes particulières; et quoiqu'elle ne distribuât jamais l'argent par ses propres mains, parce qu'elle ne le touchait aucunement, on le partageait néanmoins par son ordre, et plusieurs fois par ses conseils ; gardant toujours dans ces rencontres, comme dans beaucoup d'autres semblables, une très-grande équité ; car chacun recevait ce charitable secours selon sa nécessité et sa condition. Elle observait la même chose dans la distribution des offices et des dignités entre les disciples et les premiers enfants de l'Évangile, dans les assemblées qu'on tenait pour ce sujet. Ainsi cette très-sage Dame ordonnait et disposait toutes choses avec une très-parfaite équité : car, outre la science infuse et la connaissance ordinaire qu'elle avait de tous les sujets, elle ne faisait rien que ce ne fut après une oraison singulière et par une impulsion divine. C'est pourquoi les apôtres avaient recours à elle dans ces sortes d'occasions, et dans la conduite de ceux qui leur étaient soumis , n'entreprenant rien que par son conseil : et tous ceux qui le suivaient exerçaient en tout une entière justice sans faire distinction des personnes.
§553 a écrit :
La justice commutative enseigne à garder l'égalité dans les choses que les personnes particulières se donnent et reçoivent réciproquement, connue de donner deux pour deux, etc., ou le juste prix de ce que la chose vaut. L'exercice de cette espèce de justice fut moindre en la Reine du ciel que celui des autres vertus, parce qu'elle n'achetait ni ne vendait rien par elle-même : que si elle avait besoin de faire quelque achat ou quelque échange, c'était saint Joseph qui le faisait, et après sa mort, saint Jean l'évangéliste ou quelque autre des apôtres lui rendait cet office. Car le Maître de la sainteté, qui venait détruire et arracher l'avarice, racine de toutes sortes de maux (I Tim., VI, 10.), voulut éloigner de lui-même et de sa très-sainte mère les actions qui allument et entretiennent ordinairement le feu de la convoitise des hommes. C'est pour cela que la divine Providence ordonna que ni le Fils ni la Mère n'achéteraient ni ne vendraient aucune chose, bien qu'elle fut nécessaire à l'entretien de la vie naturelle. Néanmoins notre auguste Reine ne laissa pas pour cela d'enseigner tout ce qui regardait cette vertu de justice commutative, afin que ceux qui d'entre les apôtres et d'entre les fidèles de la primitive Église la devaient pratiquer, s'en acquittassent avec toute sorte de perfection.
§554 a écrit :
Cette vertu a d'autres opérations qui s'étendent sur le prochain, comme que les uns jugent les autres par un jugement public et civil ou par un jugement particulier, le Seigneur ayant parlé du vice contraire à ce dernier, lorsqu'il nous dit en saint Matthieu : Ne jugez point, afin que vous ne soyez pas jugés (Matth., VII,1.). Par ces jugements, on donne à chacun ce qui lui est dû, selon l'estime de celui qui juge : c'est pourquoi ces actions sont justes si elles sont conformes à la raison, et injustes si elles s'en éloignent. Notre incomparable Reine n'exerça pas le jugement public et civil, bien qu'elle eut le pouvoir de juger tout l'univers; néanmoins elle accomplit par ses très-sages et très-justes conseils durant sa vie, et par son intercession après sa mort, ce qui est écrit d'elle dans les Proverbes : "Je marche dans les voies de la justice, et par moi les puissants décident ce qui est juste" (Prov., VIII, 16 et 20.)

Re: Extraits de "La Cité Mystique de Dieu"

Publié : mer. 21 févr. 2018 17:05
par chartreux
§561 a écrit : La vengeance est une vertu qui enseigne à réparer par quelque peine le dommage qu'on nous a fait ou celui que notre prochain a reçu. La pratique de cette vertu est fort difficile parmi les mortels, qui d'ordinaire se laissent emporter par la colère immodérée, et posséder par la haine fraternelle, ce qui est cause qu'on manque à la charité et à la justice. Mais ce n'est pas une petite vertu lorsqu'on ne prétend point le dommage d'autrui et qu'on n'a en vue que le bien public ou particulier, puisque notre Seigneur Jésus-Christ l'exerça quand il chassa du Temple ceux qui le violaient par leurs irrévérences (Joan., 2:15) ; qu'Élie demanda le feu du ciel pour châtier quelques péchés (IV Reg., 1:10) ; et qu'il est dit dans les Proverbes, que celui qui épargne la verge hait son fils (Prov., 13:24)

Re: Extraits de "La Cité Mystique de Dieu"

Publié : sam. 24 févr. 2018 12:27
par chartreux
§570 a écrit : Cette incomparable Dame fut la seule qui put imiter dans toutes ses oeuvres cet attribut de Dieu, qui unit toujours dans les siennes la douceur avec la force (Sap., VIII, 1.). Notre Reine tint cette conduite à l'égard de la force; et son coeur généreux ne fut jamais atteint d'aucune crainte désordonnée, parce qu'il s'élevait au-dessus de tout ce qui est créé ; sa fermeté ne fut pas pour cela sans modération ; elle ne pouvait point tomber dans ces extrémités vicieuses, parce qu'elle connaissait par sa souveraine sagesse les craintes qu'elle devait vaincre et l'audace qu'elle devait éviter : ainsi elle était revêtue de force et de beauté, comme étant l'unique femme forte (Sap., VIII, 1.)
§573 a écrit : La princesse du ciel aurait pu s'irriter contre ceux qui avaient procuré une mort si ignominieuse à son très-saint Fils, sans qu'elle eut passé dans une si juste colère les limites de la raison et de la vertu, puisque le même Seigneur a châtié avec beaucoup de justice ce péché : et, comme je pensais en moi-même qu'elle pouvait, bien avoir ces sentiments, il me fut répondu que le très-Haut ordonna que cette grande Dame n'eut point ces mouvements et ces opérations, quoiqu'elle les eut pu dument avoir : parce qu'il ne voulait point qu'elle fut un instrument contre les pécheurs et comme leur accusatrice, à cause qu'il l'avait choisie pour être leur médiatrice, leur avocate et la mère de miséricorde, afin due les hommes reçussent par elle toutes les grâces que le Seigneur voulait bien encore donner aux enfants d'Adam, et qu'il y eut une personne qui put dignement apaiser la colère du juste Juge en intercédant pour les coupables. Elle pratiqua seulement la colère contre le démon, et en ce qui fut nécessaire pour exercer la patience et pour vaincre les empêchements que cet ennemi, l'ancien serpent, lui suscitait pour diminuer la perfection de ses oeuvres.
§580 a écrit : Que si l'Ecclésiastique, parlant de ces vertus, dit qu'on ne saurait assez priser l'excellence d'une âme continente (Eccles., 26:20.), que dirons-nous de la tempérance de cette maîtresse des grâces et des vertus, et de la beauté que leur abondance donnait à son âme très-sainte? Tous les domestiques de cette femme forte étaient pourvus d'un double vêtement (Prov., 31:21), parce que ses puissances étaient ornées de deux perfections d'une beauté et d'une force incomparables. L'une était la justice originelle, qui soumettait ses appétits à la raison et à la grâce ; l'autre, les habitudes infuses, qui augmentaient continuellement ses grâces et ses vertus, pour donner à toutes ses actions la perfection la plus sublime.

Re: Extraits de "La Cité Mystique de Dieu"

Publié : sam. 24 févr. 2018 12:27
par chartreux
§585 a écrit : Si elle retranchait quelque chose de ce que la chaleur naturelle demandait, la divine grâce y suppléait, la créature se devant nourrir de cette grâce, et non pas seulement du pain (Matth., IV, 4.). Le très-Haut la pouvait bien entretenir sans qu'elle but ni ne mangeât, mais il ne le fit point, parce que cela n'était pas convenable, ni pour elle, qui aurait cessé de mériter dans cet usage modéré du manger et d'être le modèle de la tempérance, ni pour nous, qui aurions été privés du fruit de tant de mérites qu'elle y acquit. Je parle dans plusieurs endroits de cette histoire, de la qualité de sa nourriture, et des temps auxquels elle la recevait. Elle ne voulut jamais manger de viande ni manger plus d'une fois par jour, excepté lorsqu'elle fut avec saint Joseph ou qu'elle accompagnait son très-saint Fils dans ses voyages; car dans ces occasions, pour la nécessité qu'il y avait de se conformer aux autres, elle suivait l'ordre que le Seigneur lui donnait, et dans toutes sortes de rencontres elle était toujours admirable en la tempérance.

Re: Extraits de "La Cité Mystique de Dieu"

Publié : sam. 24 févr. 2018 12:28
par chartreux
§586 a écrit : elle ne parla jamais et aucun homme que ce ne fut par la volonté de Dieu, et n'en regarda jamais aucun au visage, non plus que les femmes; ce n'était pas pourtant pour le danger, mais pour augmenter son mérite, pour nous servir d'exemple et à cause de cette surabondance de prudence, de sagesse et d'amour divin qui se trouvait en elle.
§587 a écrit : Salomon, parlant de la clémence et de la douceur de cette auguste Reine, dit qu'elle était sur sa langue (Prov., XXXI, 26.), parce qu'elle ne la remua jamais que ce ne fut pour distribuer la grâce, qui était répandue sur ses lèvres (Ps. 44:3.).

Re: Extraits de "La Cité Mystique de Dieu"

Publié : lun. 26 févr. 2018 11:32
par chartreux
§592 a écrit : Touchant la modestie de ses actions, la douceur de ses paroles, et pour tout ce qui regardait son extérieur, il suffira de dire qu'elle aurait été prise pour plus qu'humaine, par la grandeur ineffable qui en rejaillissait, si la foi n'eut appris qu'elle était une pure créature, comme le sage d'Athènes saint Denis le déclara.
§602 a écrit : Cette Vierge très-sage connut la disposition du monde, les qualités des éléments, le principe, le milieu et la fin du temps et ses vicissitudes, le cours des étoiles, la nature des animaux, les fureurs des bêtes féroces, la force des vents, la complexion et les pensées des hommes, les vertus des plantes, des herbes, des arbres, des fruits et des racines, tout ce qui est au-dessus des connaissances des hommes, les mystères et les voies les plus cachées du très-Haut. (Sap., VII, 17-21.)
§605 a écrit : Le don de science est une connaissance judicieuse avec une rectitude infaillible de tout ce qu'on doit croire et opérer par les vertus. Il se distingue de celui de conseil, en ce que celui-ci choisit, et l'autre juge; le premier fait le jugement droit, et le second l'élection prudente. Il se distingue aussi du don d'entendement, parce que celui-ci pénètre les vérités divines et internes de la foi et des vertus comme en une simple intelligence; et le clou de science connaît en maître ce qu'on en peut inférer, appliquant les opérations extérieures des puissances à la perfection de la vertu; en laquelle le clou de science est comme la racine et la mère de la discrétion.

Re: Extraits de "La Cité Mystique de Dieu"

Publié : lun. 26 févr. 2018 16:39
par chartreux
§612 a écrit : Car Dieu peut communiquer les plus grandes et les plus hautes visions et révélations au moindre saint, et les plus petites au plus grand (Prov., XVI, 2.) pouvant même accorder le don de prophétie et plusieurs autres dons gratuits à ceux qui ne sont pas saints ; car il y a des ravissements qui peuvent résulter d'une cause qui ne soit pas précisément vertu de la volonté ; c'est pourquoi, lorsqu'on fait comparaison entre l'excellence des prophètes, on ne prétend pas parler de la sainteté (puisqu'il n'y a que Dieu seul qui la puisse examiner), mais de la lumière de prophétie et de la manière de la recevoir, par oô l'on peut juger laquelle des prophéties est la plus on la moins élevée, selon les différentes raisons. Celle sur laquelle on établit cette doctrine est, parce que la charité et les vertus, qui rendent saints et parfaits ceux qui les ont, regardent la volonté ; et les visions et les révélations appartiennent à l'entendement ou à la partie intellectuelle, dont la perfection ne sanctifie point l'âme.