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Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Publié : jeu. 05 mars 2020 21:30
par Laetitia
Mais reprenons notre récit un instant interrompu. Dans la nuit qui suivit la terrible épreuve que nous avons décrite, Lidwine étant seule, un ange lui apparut. On eût dit, tant il était beau, qu'il avait pour vêtement toutes les magnificences du soleil; à ses lèvres s'épanouissait un divin sourire. « Je te salue, ma bien-aimée sœur, dit-il à la vierge; ta joie doit être grande et je viens avec toi me réjouir, car elle est parfaite maintenant la couronne qui t'est promise. Il ne lui manque plus ni pierreries, ni diamants; les insultes et les cruautés des soldats ont achevé sa splendeur ! O heureuse épouse du Dieu de la croix, te voilà dès aujourd'hui associée aux martyrs; c'est au milieu d'eux, un jour, que tu auras un trône; n'envie plus rien à leur gloire ! Ils ont, eux, donné leur sang pour la vérité; toi, tu as versé le tien par amour ! Ils sont morts une fois, une seule fois et pendant la guerre et de la main des infidèles et des païens; mais, toi, broyée depuis trente ans sous les coups du marteau divin, tu subis la mort tous les jours, une cruelle mort à tous les instants, et aujourd'hui, comme aux glorieux temps de la primitive Église, c'est en haine de Jésus-Christ, c'est par la main des hommes,par la main même de chrétiens qui sont tes frères, que ton sang a été versé ! Oui, tu recevras les palmes du martyre. Ouvre ton âme à la confiance et réjouis-toi, ô ma soeur ! »

Consolons-nous : l'acte le plus simple de vertu est aussi une immolation de nous-mêmes, une immolation aux hommes, au devoir et à Dieu; c'est un réel martyre !

Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Publié : jeu. 05 mars 2020 21:35
par Laetitia

VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.

CHAPITRE XVI.

Le Thabor ou don des miracles.


Eh bien ! allons au Médecin suprême. - Un peu d'eau chasse la gangrène. - Une jeune femme, et son enfant à l'agonie. - Admirable conversion d'un pécheur qui demande à toucher la main de Lidwine. - La sainte prie pour un chanoine désireux d'avancer dans le bien. - Un homme prend sa défense dans un cabaret, et en est merveilleusement récompensé.

Dieu est admirablement bon. Après le Calvaire, voici que nous trouvons le Thabor; après l'immolation, le bonheur; après l'humble ferveur de la communion sur la terre, déjà comme une sainte anticipation des joies de la communion dans le ciel !

Lidwine, en effet, avait fait bien du chemin par la souffrance. A force d'amour fidèle et de généreux courage dans l'imitation du Dieu crucifié, elle s'était élevée, du milieu de ses douleurs et de ses tristes plaies, à une perfection qu'atteint difficilement la nature humaine; et pour la récompenser, Dieu allait la transporter,en quelque sorte, par delàl es régions de cette terrestre vie, en l'élevant jusqu'à la gloire d'une vie toute surnaturelle, divine presque; il allait couronner tant de sainteté par les opérations les plus magnifiques de sa grâce; pouvoir miraculeux, ravissements, célestes communications, il allait lui prodiguer tous ses trésors !

Mais, hâtons-nous de le faire remarquer : miracles, ravissements, célestes communications, rien de tout cela n'est essentiel à la sainteté. Il y aurait dangereuse illusion à croire qu'on ne devient un saint qu'autant qu'on arrive à cette hauteur. Soyez humble et doux, pur et charitable, souffrez avec patience, et après cela, faites des miracles ou n'en faites pas, il importe peu. La plus petite violence à votre humeur, la résistance à la plus légère tentation, la bonne œuvre la plus facile, voilà qui vous rapproche plus véritablement des saints que si vous aviez le glorieux privilège de commander à la nature, d'enchaîner la mort ou de passer les jours et les nuits dans la contemplation des vérités les plus sublimes, dans l'effusion des larmes les plus tendres, dans l'affluence en un mot des plus pures joies du ciel ! Ces admirables dons sont une conséquence de la sainteté. Dieu les accorde à quelques saints, pas à tous, à quelques-uns seulement pour manifester de temps en temps sa gloire; mais, encore une fois,ils ne sont pas la sainteté,ils la supposent.

Lidwine fut donc une de ces âmes privilégiées; nous en trouvons d'abondantes preuves, pour l'époque surtout à laquelle nous arrivons dans son histoire. Donnons au moins un rapide regard à toutes ces grâces de splendeur dont il plut à Dieu de la couronner. Nous commencerons par le don des miracles.

Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Publié : jeu. 05 mars 2020 21:37
par Laetitia
Déjà, d'ailleurs, ce don des miracles, nous l'avons pressenti; les divers prodiges qui, plus d'une fois, ont éclairé notre route semblaient l'annoncer d'avance et le promettre. Ils n'étaient pas encore le don lui-même, car alors c'étaient des prodiges que Lidwine ne demandait pas et qui venaient comme à son insu seconder sa charité ou son zèle. Mais à présent, c'est elle qui parle, qui agit ; c'est elle qui commande au nom de Dieu et tout lui obéit. Il est vrai, son humilité s'effraie d'une telle puissance; elle en use aussi rarement que possible, tant elle craint d'être glorifiée ! Mais on lui fait parfois des instances si vives ! comment y résister ? Ainsi, il lui arrive un jour une malheureuse jeune femme atteinte d'une affreuse maladie. « Mon enfant, répond la vierge, c'est aux médecins qu'il faut vous adresser. » Mais bientôt la pauvre femme revient; tous les médecins, et les plus habiles, lui ont dit qu'elle n'a plus qu'à mourir... et elle se livre au désespoir le plus déchirant. « Eh bien ! dit enfin Lidwine attendrie, eh bien ! oui, allons au médecin suprême ! » Et se recueillant, elle prie un instant ; puis, elle touche légèrement la malade. «Ah ! Je suis guérie!» s'écrie celle-ci à l'instant même; en effet, le mal, l'incurable plaie, tout avait disparu.

Souvent même il n'en fallait pas tant; le seul attouchement de ce qui avait servi à la sainte suffisait.Un jour, un homme arrive du fond de l'Angleterre. « Il avait fait ce long voyage, il venait, disait-il, au nom de son maître que toute la science avait abandonné en le condamnant ; il ne demandait qu'un peu d'eau, qu'un peu de cette eau dans laquelle la sainte aurait lavé ses mains !» C'était trop demander à l'humilité de Lidwine ;elle hésita. Il fallut bien pourtant céder enfin aux larmes du dévoué serviteur; l'eau si désirée lui fut donnée;il repartit, fit diligence, et à peine il était de retour qu'il se mit à employer son trésor. Miracle ! miracle ! A mesure qu'il lave les plaies de son maître, on voit ces mêmes plaies s'effacer; on voit renaître les chairs qu'avait rongées une gangrène mortelle ;il n'y avait plus ni gangrène, ni menaces de mort !

Un autre jour, une femme entre précipitamment. Elle tenait un enfant dans ses bras, son enfant, pâle, déjà livide, se débattant encore dans les tortures d'une affreuse agonie. Sans rien dire, la pauvre mère dépose son fils sur le lit de la vierge. Elle était effrayante à voir dans sa muette et sombre douleur. Tout à coup, elle pousse un cri : « Ah! mon Dieu ! mon enfant va-t-il guérir ! » Car son enfant se ranime, ses joues se colorent; à ses lèvres, un sourire était revenu: « Ma mère, disait-il, je n'ai plus de mal et si vous saviez comme je suis bien ici ! » Heureux enfant ! Il dut à la sainte mieux encore que la santé, mieux que la vie. Lidwine, en effet, le caressant après sa guérison, lui dit une de ces paroles qui semblent tomber du ciel et qui germent irrésistiblement dans les cœurs; il se fit religieux et devint un saint prêtre.

Et c'était toujours à ce but de sanctification que tendaient tous les miracles de notre vierge.

Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Publié : jeu. 05 mars 2020 21:37
par Laetitia
« Mais enfin, disait à une dame du voisinage un homme que de hautes fonctions avaient depuis peu fixé à Schiedam, quel est donc le charme si puissant qui vous enchaîne presque du matin au soir auprès de cette vierge Lidwine ? J'ai beau me creuser le cerveau pour imaginer le merveilleux plaisir que vous semblez y trouver; je n'y comprends rien ! - Et cependant, Monsieur, il n'y a là aucun mystère. Connaissez-vous Lidwine ? - Oui, vraiment; plus d'une fois je l'ai visitée. - Alors vous avez dû tout comprendre. - Tout au contraire; c'est précisément parce que je l'ai vue, que je trouve plus que jamais inexplicable votre singulier engouement. - Comment Monsieur ! Là, devant ce lit, en face de cette pauvre crucifiée, vous n'avez rien éprouvé ? - Rien, Madame, si ce n'est de la pitié et surtout du dégoût, car c'est bien la plus dégoûtante malade qu'on ait jamais trouvée.- Ah ! Monsieur, si vous saviez mieux voir ce que Dieu opère en elle, vous la visiteriez tous les jours, vous en viendriez à ne pouvoir presque plus vous en séparer !– Engouement, Madame, engouement, vous dis-je ! vous ne m'amènerez jamais jusque là ! Et néanmoins, encore une fois, au delà des affreuses plaies qui la couvrent, que voyez-vous donc, vous, dans cette misérable fille ? - Ce que j'y vois ? Et sa sainteté  ? Et les merveilles que Dieu accomplit en sa personne ?Vous ne les voyez donc pas ? Vous ne voyez donc pas ce qui saute aux yeux de tout le monde ? Ah ! quand je contemple cette face toute sillonnée d'ulcères,j'y vois comme le rayonnement d'une céleste gloire qui la transfigure ! Quand j'ai le bonheur seulement de toucher sa main, j'éprouve je ne sais quoi d'ineffable qui remue toute mon âme en la remplissant d'un immense désir de devenir meilleure ! Et je m'étonne mille fois plus de cet aveu de votre insensibilité, que vous ne sauriez vous étonner vous-même de tout mon ravissement ! Daigne le Ciel vous ouvrir les yeux.»

Or, le lendemain de cette conversation, l'incrédule personnage, toujours préoccupé,prend soudainement un parti. Il va trouver la vierge, s'entretient un instant avec elle; puis, après quelque hésitation, sur montant toutes ses répugnances, il lui dit : « Lidwine, donnez-moi la main, je vous prie. » La douce malade obéit. Mais à peine a-t-elle mis la main hors du lit, ô merveille ! des parfums d'une suavité que la terre ne connaît pas s'en exhalent; l'air en est tout embaumé !

Alors que se passa-t-il dans l'âme du visiteur si tristement prévenu ? Dieu seul pourrait le dire ! Mais il était là, immobile, ravi, comme enivré de ces parfums divins; on le voyait trembler d'émotion, regarder la sainte comme on regarderait un ange de Dieu ; sa poitrine se soulevait avec violence; de grosses larmes roulaient dans ses yeux. Et tout d'un coup, n'y tenant plus, bouleversé jusqu'au fond de son être, merveilleusement éclairé, le cœur brisé de componction, il éclate en sanglots et se met à fondre en larmes. « Ah ! Lidwine, s'écrie-t-il, je ne suis qu'un misérable pécheur ! Non, non, je ne mérite pas le bonheur qui m'est donné aujourd'hui ! O sainte épouse de Jésus-Christ ! O sanctuaire tout parfumé des dons de l'Esprit Saint ! grâce à vous, je retrouve Dieu que je ne connaissais plus ! je retrouve le ciel dont j'avais perdu le chemin ! je comprends le malheur de tant d'iniquités sur lesquelles je m'endormais et qui me conduisaient à l'abîme ! » Et à travers ses sanglots, il se mit à lui faire le récit des misères de son âme. « C'est vrai, continua la sainte, vous m'avouez là de grandes fautes, mon bien-aimé frère; mais à tous ces aveux, ajoutez tel énorme péché que vous avez commis tel jour, en tel lieu, avec telles circonstances; ajoutez telle funeste liaison. - Ah ! mon Dieu, reprit en l'interrompant le pauvre pécheur atterré, si l'Esprit Saint vous dévoile ainsi mon âme, que de lamentables choses il va vous révéler ! Et pensez-vous que sa justice me pardonne ? Pensez-vous que sa miséricorde daigne me sauver ? Alors il se reprit à pleurer avec tant d'amertume qu'il s'en alla, par une porte de derrière, au fond d'un petit jardin, afin d'y donner un plus libre cours à ses larmes et à ses sanglots. Puis il revint près de la vierge. « Lidwine, lui dit-il, désormais vous serez pour moi une mère ! Et je vous le jure, autant que je le pourrai, je réparerai le temps perdu. J'expierai mes fautes dans la pénitence; je ne reculerai, pour mon entière conversion, devant aucun sacrifice ; mais aidez-moi toujours de vos conseils et de vos prières !»

Il tint parole. Appuyé sur la grâce, soutenu par Lidwine, qu'il se fit un bonheur de visiter sans cesse, il commença dès ce jour une vie pleine d'austérité et admirablement édifiante; puis, il fut emporté par la peste en se livrant à tous les dévouements de la charité !

Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Publié : jeu. 05 mars 2020 21:38
par Laetitia
Rapportons ici un autre fait moins grave, fort instructif cependant, et qui montre combien notre vierge, de toute manière, usait saintement de sa puissance.

Un chanoine, une fois, en la quittant, se recommandait à elle. C'était un bon et digne prêtre, d'une vie véritablement exemplaire. C'était bien aussi la plus belle voix qu'on pût trouver; il chantait à se faire applaudir des anges; peut-être même ne l'ignorait-il pas assez, s'il faut tout dire. Un peu de vanité, un peu d'humaine gloriole, quoi de plus facile et qui pourrait en faire un crime, quand on chante en vérité si bien ? Mais bref, notre chanoine, en forme d'adieu, disait à Lidwine, avec une pieuse effusion : « N'est-ce pas, ma sœur, vous prierez Dieu pour moi ? Et tenez, je vous en supplie, demandez à la divine bonté de retrancher en moi ce qui lui déplaît, notamment ce qu'elle sait être pour moi un obstacle à mon progrès dans le bien. - Je vous le promets, répondit-elle et je le ferai sans retard. » Le même jour en effet la sainte pria... mais le même jour aussi le chanoine s'enroua. Quelle voix ! quels sons affreusement rauques ! Quel immense désappointement quand il essaya de chanter ! Pourtant, il ne s'étonna point trop; on s'enroue si facilement ! Et après tout, qu'est-ce qu'un enrouement devant quelques breuvages et des soins ? Mais huit jours, mais quinze jours se passent, et, en dépit des breuvages, l'enrouement ne paraît nullement d'humeur à vouloir déloger; le chanoine alors s'inquiéta. Le voilà, toujours à cent lieues du plus simple soupçon de la vraie cause, le voilà qui s'en va, qui court de médecin en médecin, qui poursuit les docteurs les plus renommés, leur redemandant sa belle voix et sur leurs prescriptions, pour la retrouver, se gorgeant avec candeur de bouillons à la mauve et à la guimauve, de potions sucrées et de juleps calmants. Hélas! la belle voix ne revenait pas ! les sons semblaient n'être que plus âpres, l'indocile note que plus revêche !

Un jour, le triste et malheureux chanoine écoutait, l'œil avide, un médecin à grande réputation; survint un autre chanoine de ses amis. Le docteur en était à dicter tout un régime d'émollients; le nouveau venu se prit à sourire. « Docteur, croyez-moi, dit-il, vous Vous donnez là une peine fort superflue. Je défie tous vos lénitifs et tous vos émollients de guérir mon confrère; vous aurez beau faire, c'est un homme condamné à chanter faux toute sa vie ! - Et pourquoi, s'il vous plaît ? reprit le médecin étonné. - Pourquoi ? Mais rien de plus clair et le voici : ensemble nous avons fait le pèlerinage de Schiedam ; or, il m'en souvient bien, en quittant la vierge Lidwine, mon ami la supplia d'obtenir de Dieu la destruction en lui de ce qu'il savait être le plus grand obstacle aux progrès de son âme. Certes, mon ami est un vertueux prêtre, mais il aimait tant sa belle voix ! Lidwine a tenu parole ! – Ah! s'il en est ainsi, s'écria le docteur qui connaissait la vierge et la vénérait profondément, vous avez mille fois raison : Hippocrate et Gallien n'ont rien à faire; je les déclare impuissants !» Et de son côté, le chanoine se souvint,comprit, et garda gaîment sa voix rauque; il y gagnait de la vanité en moins et de la perfection en plus.

Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Publié : ven. 06 mars 2020 17:13
par Laetitia
Citons encore un fait. Un soir dans un cabaret de Schiedam, à une table garnie de nombreux buveurs déjà avinés, on parlait de Lidwine, et Dieu sait de quelle façon ! Ses maladies, son état surnaturel, sa piété, rien n'échappait à l'insulte ;il y avait concert de blasphèmes !

Un buveur cependant, un seul, gardait le silence. C'était un nommé Otger, un ivrogne accompli; et, bien qu'il fût aviné, lui aussi, évidemment il souffrait de la tournure de cet entretien; car au fond, si grand pécheur qu'il fût, il avait toujours eu pour Lidwine une sincère vénération. Mais nul n'y prenait garde; l'enfer d'ailleurs attisait la flamme; l'entretien devenait de plus en plus odieux. « Ma foi, c'est mon idée, à moi, disait un buveur hideux, traînant ses coudes sur la table souillée de vin, il y a là quelque chose de satanique; cette fille est une possédée. - Allons donc ! vociférait son voisin ; c'est une fourbe et une hypocrite, voilà tout ! Est-ce que tu crois donc, encore une fois, qu'elle ne mange ni ne boit ? Imbécile ! Ah ! Bien oui! Quand elle a joué sa comédie pendant le jour, il faudrait voir comme elle s'en dédommage pendant la nuit dans la bonne chère et la débauche ! - Oui! Oui, c'est cela ! hurlèrent en même temps cinq ou six voix; oui, c'est une débauchée, c'est une infâme !» A ces mots, Otger n'y tint plus; l'indignation avait tout à coup dissipé, chez lui, toutes les fumées du vin. » Silence ! s'écria-t-il avec une étonnante énergie ; oui, silence ! Quand il s'agit de Lidwine, entendez-vous ? nous devons ou la louer ou au moins nous taire ! Elle est la gloire et la bénédiction de Schiedam ; l'insulter, c'est une ingratitude comme une lâcheté;je ne souffrirai jamais qu'on le fasse devant moi ! Je crois à sa sainteté de toute mon âme.J'y crois, parce que je crois aux bienfaits qu'elle répand, aux vertus dont elle donne l'exemple, aux miracles mêmes qu'elle opère ; parce que je crois avec ma raison au témoignage que lui rendent des milliers d'hommes qui par leurs lumières et leur irréprochable vie valent infiniment plus que nous qui ne sommes que des ignorants et des gens de taverne !»

Une immense explosion l'interrompit. « Lui ! Quoi ! c'est lui ! hurlent à la fois tous ces hommes pleins de Vin. C'est toi, Otger, toi, le plus grand ivrogne de nous tous, c'est toi qui nous fais ainsi la leçon !» Et dans un épouvantable tumulte, ils se lèvent, l'écume et le blasphème aux lèvres; ils se précipitent, en chancelant, avec d'affreuses menaces. « Tiens ! lui dit l'un d'eux, en lui donnant un violent soufflet, tiens, misérable, voilà un salaire digne de toi et va-t-en !»

A cet outrage, Otger s'était levé aussi. Il était pâle, les traits bouleversés ; ses yeux lançaient des éclairs ; on crut qu'il allait se faire une terrible justice, car il était d'une vigueur peu commune ; on le vit même lever son bras nerveux. Tout à coup il s'arrêta. « Vous m'avez fait, leur dit-il à tous, l'affront le plus sanglant. Il me serait facile, vous le savez, d'en punir le lâche auteur. Eh bien ! non ! ce soufflet, je ne le vengerai pas ! Je l'accepte et j'en fais ma gloire, parce que je l'ai reçu pour avoir défendu l'honneur d'une sainte ; au moins une fois en ma vie, j'aurai fait une bonne action. » Et il s'en alla.

Or, à ce même moment, Lidwine s'entretenait avec son confesseur. Soudain, presque brusquement, elle l'interrompit. « Mon Père, lui dit-elle, connaissez-vous Otger ? – Quel Otger ? Otger l'ivrogne ? Qui donc ne le connaît pas ? - Et connaissez-vous sa demeure ?– Oui. - Eh bien ! mon Père, allez bien vite le trouver et de ma part dites-lui : « Lidwine vous salue et, au nom de Dieu qui vous récompensera, elle vous remercie des paroles que vous avez dites et du soufflet que vous avez reçu pour sa défense. »

Etonné au delà de tout ce qu'on peut imaginer, le confesseur partit ; mais ce fut Otger surtout qui resta confondu. « Comment, s'écriait-il plein d'admiration et délicieusement consolé, comment Lidwine sait-elle ainsi ce qui s'est passé, quand je n'ai rien dit à personne, quand il est impossible que personne ait encore rien raconté ! »

A partir de ce jour, Otger fut un homme converti. Le cabaret, l'ivresse, les compagnons de débauche, il quitta tout. La prière et le travail, la pénitence et la pratique des plus belles vertus furent désormais sa vie. Pendant de longues années, il édifia le peuple de Schiedam ; puis,il mourut de la précieuse mort des saints !

Détruire en nous une imperfection, un vice, une mauvaise habitude, c'est là le miracle dont tous, par la grâce, nous sommes capables, et qui assurément n'est pas le moins beau !

Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Publié : mer. 18 mars 2020 22:42
par Laetitia

VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.

CHAPITRE XVII.

Le Thabor ou don de prophétie.


Longtemps d'avance Lidwine avait prédit l'incendie de Schiedam. - Elle sauve du désespoir une malheureuse épouse. - Un pécheur apprend d'elle qu'il n'a plus que trois jours à vivre.- Elle fait à un autre pécheur de foudroyantes révélations. - En empêchant un pieux armateur de partir avec ses compagnons de mer, elle le sauve des pirates.


Mais avançons ; d'autres merveilles nous attendent. A côté du don des miracles, c'est le don de prophétie que nous allons admirer. Toutefois, ici encore, pour nous restreindre, bornons-nous à quelques principaux faits.

Nous avons parlé plus haut, en anticipant sur les années, de l'incendie qui désola Schiedam en 1428, à l'époque précisément où nous en sommes de la vie de notre vierge. Cet incendie, Lidwine l'avait prédit. Longtemps d'avance elle avait dit, souvent elle avait répété cette prophétique et lugubre parole : «La colère de Dieu est sur Schiedam ! la colère de Dieu est sur Schiedam ! » « Hélas! ajoutait-elle alors, l'iniquité de ce peuple est mûre, la moisson approche, Dieu se dispose à frapper,voici l'incendie qui va venir : » On sait le reste. Mais ce que nous n'avons pas dit, c'est que son esprit prophétique était si sûr, qu'elle allait jusqu'à prendre des mesures de charité contre la catastrophe qu'elle annonçait. « Vous avez, n'est-ce pas, beaucoup de planches en réserve ? dit-elle, le moment étant proche, à un riche habitant de Schiedam qu'elle avait mandé près d'elle. Eh bien ! ces planches, je les veux, envoyez-les-moi sans retard ; j'en ferai faire un magasin où l'on recueillera, le jour de l'incendie, ce que nos malheureux concitoyens pourront sauver de leurs demeures embrasées.» On eût haussé les épaules, On eût crié à la folie, si tout autre eût tenu un pareil langage et formulé un si étrange projet; mais on ne pouvait qu'obéir à Lidwine, et Dieu sait combien d'infortunés ont béni sa prévoyante charité !

Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Publié : jeu. 19 mars 2020 22:34
par Laetitia
Autre fait.Une femme venait de temps en temps faire à notre compatissante vierge la confidence de ses douleurs. La pauvre femme était, en vérité, bien malheureuse ! Elle avait lié son existence à l'être le plus brutal qu'on pût imaginer.Tout le monde tremblait devant cet homme terrible. Les serviteurs les plus résolus s'enfuyaient bientôt et ne revenaient plus. Mais elle, elle ne pouvait pas fuir ! Et cependant, elle, l'épouse, c'était elle qui était la principale victime; c'était à elle que le monstre réservait ses injures les plus poignantes, ses traitements les plus cruels !

Lidwime, on le pense bien, la consolait, l'encourageait de son mieux. «Surtout, lui disait-elle, surtout, ma sœur, que votre douceur, qu'une douceur inaltérable soit votre seule résistance ! Avec de la douceur et de la résignation, on allège admirablement le poids de ses maux !» Mais, hélas ! les jours succédaient aux jours sans apporter d'autre changement à la situation de cette infortunée qu'un surcroît de douleurs par un surcroît d'injures et de traitements de plus en plus barbares. Le désespoir enfin descendit dans cette âme, et un jour que la désolation était à son comble, elle pensa à la rivière : « Ah ! oui, s'écria-t-elle tout en pleurs, oui, à moi qui ne puis, qui ne veux plus vivre, voilà bien la tombe qu'il me faut !» Et là-dessus, s'élançant hors de sa maison, elle prit un sentier qui menait à la Meuse.

Dieu est bon; sa bonté ne nous fait jamais défaut. Nous la retrouvons toujours, même et surtout sur le bord de l'abîme, se révélant à nous sous quelque touchante forme, nous parlant et nous tendant amoureusement la main pour nous sauver. C'est ce qui arriva à cette pauvre désespérée. Elle allait, elle courait, folle, éperdue, quand une pensée traversa soudainement son esprit. «Mais Lidwine ? s'écrie-t-elle en s'arrêtant tout d'un coup. Ah ! ingrate que je suis, j'allais oublier Lidwine, elle que toujours j'ai trouvée si bonne et qui tant de fois a essuyé mes larmes et m'a fait tant de bien ! Non, je ne dois point la quitter ainsi; je dois lui dire adieu, je veux la revoir., puis j'irai mourir. »

Donc, l'instant d'après, on frappait à la porte de la sainte. « Allez, allez vite ouvrir, dit celle-ci à ses parents, comme si par impossible elle eût vu qui avait frappé ! Allez, vous dis-je, c'est une pauvre femme dont le cœur est cruellement torturé ! » C'était bien elle, les traits bouleversés, les yeux hagards, faisant peur ! D'un bond, elle franchit le seuil, se précipite vers le lit et tombant à genoux et joignant les mains, haletante, sans dire un mot, elle regarde la vierge. «Mais qu'avez-vous, ma sœur ? lui demande Lidwine. » La malheureuse ne répond rien. « Mais votre mari ne serait-il donc pas devenu plus traitable ? » - Mon mari ? Vous avez dit : Mon mari ? s'écrie-t-elle alors d'une voix effrayante; lui ! mon mari ! lui devenu plus traitable ? Mais, Lidwine, ce n'était qu'un loup, et maintenant c'est un tigre ! - Alors, ma pauvre sœur, il faut plus que jamais ramasser tout ce que vous avez de foi, de courage, de forces, et avec une sainte résignation, retourner....--- Ah ! retourner ! Retourner près de lui, n'est-ce pas ? retourner vers cet homme ? Jamais, non, non, jamais ! Voyez, Lidwine : longtemps, bien longtemps, j'ai suivi vos conseils ;à cause de vous, soutenue par vous, longtemps, trop long temps j'ai pris patience. Ses reproches et ses coups, ses insultes et ses cruautés, j'ai tout dévoré ! Mais aujourd'hui, du courage, des forces, je n'en ai plus ! De la patience, je n'en veux plus ! La mesure est comble ! Quand le vase est trop plein, il faut qu'il se brise ! Je ne veux plus de la vie, je ne veux plus de cet homme ! Dans un instant, j'en aurai fini avec lui, avec la vie ! 0 bonne, ô si bonne Lidwine! je ne suis venue et je ne veux plus que vous dire adieu ! »

Tout le monde pleurait ; Lidwine surtout était indiciblement attendrie devant le déchirant désespoir de cette femme qui se tordait, agenouillée à ses pieds. « Ma bien-aimée sœur, reprit-elle enfin, je vous l'ai dit plus d'une fois, il ne faut pas manquer ainsi de confiance; votre mari changera. » - Mais c'est impossible, Lidwine, vous le voyez bien ! Est-ce que je n'ai pas prié, ou plutôt, vous-même, est-ce que vous n'avez pas prié, tant prié pour lui ? Quel succès avons nous obtenu ! - Dieu est bon, ma sœur, et notre aveugle impatience nous rend injustes; nous désespérons souvent, au moment même où le Ciel allait nous exaucer. Je vous le répète, votre mari changera. - Oh ! douce Lidwine,si je pouvais seulement l'espérer ! – Eh bien ! reprit la sainte avec autorité, je veux, non-seulement que vous l'espériez, mais que vous en ayez l'entière certitude. Au nom du Dieu bon et tout puissant, je vous l'annonce,ma sœur; votre mari, désormais, ne sera plus le même; son indigne conduite va cesser; dès à présent, vous aurez la paix, vous retrouverez du bonheur ! »

Ces quelques mots eurent un effet magique. « Lidwine, s'écria l'heureuse femme, vous êtes un ange de Dieu ! Oui, j'espère, je crois, je suis sûre ! Oui,je vous dois tout, ma joie ici-bas, mon salut dans l'éternité ! J'irai où votre parole m'envoie ; je n'attends plus que votre bénédiction que j'implore à genoux. » Quelques instants après, elle rentrait dans sa demeure.

Que s'était-il passé ? car Lidwine avait prophétisé vrai. Cet homme si farouche et si violent n'était plus reconnaissable. Le tigre, en un instant, était devenu l'agneau le plus doux. On s'extasiait devant ce changement inouï, devant cette nouvelle et admirable vie qui d'ailleurs, à partir de ce jour, ne se démentit jamais. Serviteurs, enfants, épouse surtout,tous bénissaient Dieu. Au lieu de l'enfer,ils avaient le ciel !

Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Publié : ven. 20 mars 2020 20:18
par Laetitia
Ainsi se manifestait dans notre sainte, et très-fréquemment, l'esprit prophétique dont Dieu l'honorait, toujours à la grande consolation de tant d'âmes qui avaient recours à elle. Une fois, elle relevait d'une merveilleuse manière un pauvre religieux presque désespéré ; une autre fois, elle renvoyait toute rassurée une mère venue à elle pleine d'épouvante pour lui recommander son fils, jeune militaire, que plus rien ne pouvait détourner de se battre en duel avec un autre soldat, et nous pourrions citer une foule d'autres exemples. Mais de temps en temps aussi elle se servait de cet esprit prophétique pour donner à certains pécheurs des avertissements terribles.

Un matin, un homme de qualité était venu la visiter. Après quelques instants d'entretien et sur le point de se retirer, il lui dit qu'il allait communier. « Vous ? reprit-elle vivement. - Oui, moi-même. - Eh bien ! je vous le défends ! - Mais, Lidwine, pourquoi ne communierais-je pas,puisque je m'y suis préparé ? - Non, non, vous dis-je, je ne le veux pas, vous ne communierez pas ! - Mais, enfin,votre défense m'étonne; au moins dites-moi sur quoi elle est fondée. - Comment ! s'écria la vierge avec une sainte indignation, votre conscience ne vous dit rien ? Hier, pas plus loin que hier, dans telle maison, qu'avez-vous fait ? Et aujourd'hui, sans repentir, sans amendement, encore tout souillé, malheureux que vous êtes, vous parlez d'aller vous unir au Saint des saints ! » Le coupable restait comme pétrifié. « Du reste, ajouta-t-elle avec une autorité foudroyante, la justice de Dieu s'est lassée; préparez votre conscience à rendre ses comptes et hâtez-vous,vous mourrez dans trois jours !» Cette fois le pécheur fut anéanti. Un tel arrêt, pour lui qui regardait la vierge comme une sainte favorisée des révélations d'en haut, c'était un arrêt infaillible : « Oh ! s'écria-t-il tout tremblant, je vous en conjure, Lidwine, priez, intercédez, mettez en œuvre tout votre crédit près de Dieu pour que cette affreuse sentence soit détournée de moi ! - Impossible ! reprit la sainte, c'est un irrévocable arrêt ! - Eh bien ! ô Lidwine, ajouta en pleurant le malheureux pécheur, au moins ayez pitié de mon âme ; aidez-moi à sauver mon âme en m'aidant par vos prières à bien mourir. » La vierge le lui promit et il s'en alla. Mais le troisième jour il revint. Il était allègre, dispos, tout radieux. « Eh bien ! dit-il d'un air triomphant, je devais , disiez-vous, mourir aujourd'hui; je m'y suis même préparé de mon mieux. Mais voilà le jour qui court à son terme et voyez donc ! Je me sens aussi bien portant que jamais. - Ne vous y fiez pas, répondit Lidwine ; qu'importe d'ailleurs votre santé ? Aujourd'hui même, à telle heure, vous mourrez. » Le même jour, à l'heure dite, un accident survint; il y perdit la vie !

Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Publié : mar. 24 mars 2020 20:25
par Laetitia
Une autre fois, elle avait mandé près d'elle un des principaux personnages de Schiedam. Tout le monde le connaissait comme un esprit moqueur, intraitable surtout à l'endroit de l'état surnaturel de la vierge qu'il ne cessait de persifler. Et cependant il la visitait de temps en temps; il avait même été plus d'une fois le témoin des miracles opérés par elle ; et, particulièrement, en face de l'Hostie merveilleuse dont nous avons parlé plus haut et qu'il avait vue aussi bien que personne,il avait été un moment ébranlé. Mais bientôt le doute, les préventions ou d'autres secrets motifs avaient repris le dessus et l'avaient ramené à ses habituelles railleries.

Or, en dépit, ou plutôt à raison même de ces fâcheuses dispositions, Lidwine l'aimait, avait pour son âme la plus vive sollicitude, s'inquiétant fort peu, comme nous le savons déjà, qu'on crût ou non à son état miraculeux, pourvu qu'on crût à la puissance, à la bonté ainsi qu'à la justice de Dieu et qu'on s'appliquât à le bien servir en l'aimant.

Donc, un jour, elle l'avait fait prier de venir auprès d'elle. La sainte fille voulait l'entretenir de quelques intérêts de conscience. Et il vint; mais, cette fois avec une répugnance extrême; car il savait qu'elle avait été frappée, il y avait quelque temps, de deux plaies pestilentielles, et, bien qu'il n'ignorât pas non plus que la foule continuait sans le moindre inconvénient à se presser autour de l'admirable martyre, il ne pouvait se défendre d'une secrète terreur. Aussi, parut-il devant elle en homme infiniment pressé, d'un air qui signifiait : « Qu'avez-vous à me dire ? et dépêchez-vous !» Il tenait même sa bouche et son nez comme hermétiquement fermés avec un mouchoir. « Soyez sans crainte, lui dit doucement la vierge qui s'en aperçut. Ni vous, ni qui que ce soit, vous n'avez rien à redouter de mon mal qui n'est point contagieux, parce qu'il n'est l'ouvrage en moi que de Dieu, et non des éléments viciés. » Mais il se mit à hocher la tête d'une façon qui démontrait qu'il ne s'y fiait nullement. Puis, retrouvant tout son caractère, il dit d'un ton sardonique : « Eh ! c'est vrai, Lidwine, j'ai tort de m'alarmer; veuille le Ciel que je vive assez pour voir votre fin; je vivrai longtemps ! »

A ces mots, l'esprit de Dieu illumina soudainement la sainte : « Ma fin ? s'écria-t-elle;vous parlez de voir ma fin ? Eh bien ! non, non, vous ne la verrez point ! C'est moi qui verrai la vôtre ! Et c'est Dieu qui veut que je vous le déclare, votre fin n'est pas éloignée ! Encore quelques jours, votre fin sera venue ! Et je vous en conjure au nom de votre âme qui doit vous être chère au-dessus de tout, mettez ordre à votre conscience; dès aujourd'hui mettez-vous en l'état où tout homme raisonnable voudrait être quand la mort vient le prendre pour le conduire au jugement de Dieu, car encore une fois, votre fin est proche ! »

Un tel langage eût épouvanté tout autre pécheur. Non-seulement celui-ci resta impassible, mais il leva insolemment la tête, accabla la sainte de ses plus mordantes railleries et, la traitant de visionnaire, de femme extravagante, et riant aux éclats, il sortit.

Hélas ! c'était bien Dieu qui avait parlé par la bouche de Lidwine. Quelques jours plus tard l'orgueilleux pécheur était jeté sur son lit par une soudaine maladie. Alors la mémoire lui revint. Plein de terreur, il envoya demander à la douce crucifiée un humble pardon de toutes ses sacrilèges railleries et la supplier en même temps de lui accorder, dans sa détresse, l'assistance de ses puissantes prières. Elle consentit à tout. Mais elle chargea, de son côté, un messager digne de la plus haute confiance d'aller lui dire qu'il n'y avait plus de temps à perdre, que son heure allait sonner, qu'il fallait avant tout faire une humble confession et restituer les biens qu'il avait mal acquis. A ce dernier mot, comme si on eût blessé une plaie vive ou révélé le secret honteux de toute son incrédulité passée, le pécheur entra dans une violente colère. « Moi ? s'écriait-il en ce roulant sur son lit et avec un accent qui lui seul l'accusait; moi, restituer ! . me dépouiller de mes richesses ! Non, non, je n'ai rien à restituer ! Je vous dis que cette femme me calomnie ! Allez, entendez-vous ? Allez, dites-lui que mes mains sont pures du bien d'autrui, dites-lui bien que je ne connais pas, dans toute ma fortune,un seul écu qui ne soit à moi ! »

Alors la vierge, épouvantée d'un tel endurcissement, lui renvoya ces mots : « Pour votre salut, ce que vous prétendez ignorer, je vais vous le dire.Vous avez tel domaine en tel endroit, il n'est pas à vous ! Vous avez telle somme d'argent cachée en tel lieu de votre maison, elle ne vous appartient pas ! Je vous le répète, hâtez-vous de restituer ; tout cet or, injustement retenu, vous brûlerait pendant l'éternité !»

Mais, lamentable effet des passions ! L'âme qui s'y abandonne s'irrite de la vérité, s'aveugle de plus en plus en dépit même des plus vives clartés qu'elle en reçoit, comme ces yeux malades qui en viennent à ne plus rien voir à la grande lumière du soleil ! Les dernières paroles de Lidwine, cette indication des biens injustement acquis, précise, circonstanciée, exacte dans tous ses détails, comme on le reconnut plus tard; cette révélation miraculeuse, humainement impossible à la vierge, tout devait invinciblement convertir le pécheur qu'elle poursuivait; il n'en fut rien. Se reprenant plus que jamais et avec une sorte de rage à l'amour insensé de ses richesses, il cria à la persécution, ne voulut plus rien entendre et mourut dans son endurcissement.