Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Vème dimanche après Pâques

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Laetitia
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Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Vème dimanche après Pâques

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PREMIER SERMON POUR LE Ve DIMANCHE APRÈS PÂQUES.

Explication de la première partie de l'Évangile.


Amen dico vobis, si quid petieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis.
En vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez en mon nom à mon Père, il vous le donnera.
Joan. XVI, 23

Très-chers frères, presque tous les évangiles des dimanches après Pâques sont éminemment appropriés à ce saint temps. C'est, en effet, un temps consacré à la joie spirituelle : ce qu'indique clairement le mot Alleluia, symbole de l'allégresse spirituelle, et tant de fois répété dans la prière publique. Or ces évangiles, loin d'exciter la terreur, rappellent l'ineffable tendresse de Jésus-Christ, ainsi que les dons et les consolations du Paraclet : consolations par lesquelles notre Seigneur adoucissait le chagrin que ses disciples ressentaient de son départ. Quant au saint évangile de ce jour, il est consolant pour nous comme pour eux ; que dis-je ? il ne s'y trouve pas un mot qui ne soit pour nous une source intarissable de confiance, de joie et de consolation.

« En vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez en mon nom à mon Père, il vous le donnera. » Quoi de plus doux que ces paroles ? quoi de plus magnifique, de plus admirable ? Si un roi voulait manifester sa munificence à l'égard d'un ami, que pourrait-il faire de plus ? Nous ne voyons dans l’Écriture qu'un seul exemple d'une telle promesse dans la bouche de Dieu. Après l'achèvement du temple, et après l'immolation de tant de victimes, le Seigneur ordonna à Salomon de lui demander tout ce qu'il voudrait. Elie, sur le point de quitter la terre, dit pareillement à son disciple chéri : « Demandez-moi ce que vous voulez que je fasse pour vous. » IV Reg. 11, 9. Ainsi, ce qui arrive si rarement parmi les hommes, notre Seigneur, dans le présent évangile, l'offre, non pas à un seul ami, ni à ses disciples chéris seulement,mais à tous les fidèles sans exception : « En vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez en mon nom à mon Père, il vous le donnera. »

Comme cette magnifique promesse semblait incroyable, il la fait précéder de ces mots : « En vérité je vous le dis, » afin de montrer la certitude de sa promesse, et de fortifier notre foi. Car c'est comme s'il avait dit : Quoique cela vous paraisse incroyable, c'est cependant la vérité ; parce que ce n'est pas un don d'une faible créature, c'est un bienfait de la libéralité divine, qui est infinie.

Combien cette promesse affermit notre confiance ! combien elle rend inexcusable notre nonchalance, quand nous répudions une miséricorde si attentive et si prévenante ! Car saint Chrysologue l'a dit : « Il faut accuser la négligence de l'un dans la prière, quand on ne peut mettre en doute la miséricorde et la générosité de l'autre. »
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Toutefois, mes frères, quand nous demandons, ayons soin de demander quelque chose. Le Seigneur dit en effet : Si quid petieritis, « si vous demandez quelque chose. » Or, dit saint Augustin, il ne demande pas quelque chose, celui qui sollicite des honneurs fugitifs, des richesses périssables, qui sont, au témoignage même de Platon, non pas des biens vrais et réels, mais des ombres et des apparences de biens. Assurément, comparés aux choses spirituelles, ils ne sont rien ; le Sage l'atteste en ces termes : « Les richesses ne sont rien en comparaison de la sagesse. » Sap. VII, 8. Nous devons donc demander quelque chose, c'est-à-dire des biens véritables, solides, éternels, dignes de Dieu. En effet, c'est insulter un prince que de lui demander des présents mesquins. Un bienfait doit répondre moins à la petitesse de celui qui demande, qu'à la magnificence du donateur. Aussi rapporte-t-on qu'Alexandre répondit dans ce sens à un solliciteur. Comme il avait fait don d'une ville à un individu qui lui demandait quelque présent, celui-ci ayant dit qu'une telle faveur était au-dessus de sa condition, « Je considère, reprit le roi de Macédoine, non pas ce qu'il te convient de recevoir, mais ce qu'il me convient de donner. » Sen. de Beneficiis.

Si donc un faible mortel s'arrogeait tant d'importance, que ne doit-on pas attendre de la grandeur infinie, à qui appartient tout ce qui est au ciel et sur la terre, et qui ne perd rien en donnant à profusion ? Quand donc nous lui demandons quelque chose, considérons non pas notre petitesse, mais sa grandeur, sa majesté, sa libéralité et ses immenses richesses, afin de demander les dons qui conviennent à sa magnificence.
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Si quid petieritis Patrem, « Si vous demandez quelque chose au Père. » Autre gage de confiance, autre parole de consolation. Il appelle Père, et non Dieu ou Seigneur, celui à qui il nous ordonne de demander ; et il dit non pas mon Père, mais simplement Père. Car il savait qu'il dirait bientôt : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » En effet celui qui par nature était son Père de toute éternité, s'est fait miséricordieusement, par la grâce, notre Père dans le temps. Et il nous a accordé ce bienfait, non-seulement du consentement, mais encore par les mérites de son Fils unique. Car, pour prononcer l'adoption, la loi exige le consentement de la descendance légitime. Mais le Fils unique de Dieu, non content de donner son assentiment, a aussi par ses prières obtenu de son Père cette faveur, et l'a méritée par les œuvres les plus éclatantes et les plus saintes.

De là ces paroles de saint Augustin : « Le Fils unique de Dieu a acquis beaucoup d'enfants à Dieu ; par son sang il s'est acheté des frères ; objet de réprobation, il a justifié ; vendu, il a racheté ; sa mort a donné la vie. » Quelle preuve plus incontestable de la bonté de Dieu ! quelle marque plus claire de sa charité ! quel plus ferme appui de notre espérance ! puisque la nature humaine est élevée si haut, qu'elle peut appeler du nom de Père le Tout Puissant.

Le saint évangéliste Jean ne prisait-il pas à sa valeur cette éminente distinction, quand il disait : « Voyez quel amour le Père a eu pour nous, de vouloir que nous soyons appelés et que nous soyons en effet enfants de Dieu ? » Videte qualem charitatem dedit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simus. I Joan. III, 1. C'était beaucoup d'être appelés fils de Dieu ; il ajoute que nous le sommes, afin que nous ne croyions pas que c'est un titre purement honorifique, n'ayant rien de réel et de solide. Il répugne à la munificence et à la véracité divines de donner le nom d'une dignité sans donner en même temps cette dignité elle-même.
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Les rois et les pontifes, dont la puissance et les facultés sont restreintes, décernent souvent des titres honorifiques sans émoluments ni attributions. C'est ainsi qu'ils font des évêques in partibus, des comtes, des ducs, mots pompeux, mais qui ne sont que des mots. Dieu, toujours vrai et toujours magnifique, donne des titres solides et réels, et non des titres vains et trompeurs. Ainsi, après avoir appelé Abraham père de nombreuses nations, il fit de ce titre une vérité. Ainsi, non content de donner à saint Jean-Baptiste un nom qui signifie la grâce, il la lui donna réellement, et le remplit de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère. Ainsi, le prince de son Église, nommé d'abord Simon, il l'appela en langue syriaque Céphas, Joan. 1, 42, ce qui, au témoignage de saint Jérôme, signifie pierre, parce qu'il avait résolu d'en faire, de nom et d'effet, le solide fondement de son Église.

Puisqu'il en est ainsi, le Tout-puissant s'étant attribué le nom de Père, et nous ayant donné le nom de fils, il s'ensuit assurément qu'il se montrera père par son amour, par ses bienfaits, par sa sollicitude et sa providence, enfin par toutes les œuvres de la tendresse paternelle. Or, que pouvons-nous désirer de plus haut qu'une telle dignité ? Peut-on concevoir une plus grande opulence, une protection plus solide, une vie plus agréable, une gloire plus magnifique ? Dès lors pourquoi trembler, pourquoi craindre, pourquoi s'inquiéter, au milieu même de la mort, quand on a auprès de soi un gardien si vigilant et un tel défenseur ?

Car qu'est-ce qui pourra manquer à celui qui se glorifie d'avoir Dieu pour père ? Il connaît vos besoins, celui qui connaît tout; il peut remédier à vos misères, celui à qui rien n'est impossible. Or il le voudra. - Pourquoi ? – Parce qu'il est père. Ayant donc dans ce Maître et Père suprême ces trois garanties de salut, savoir, pouvoir et vouloir, qu'avez-vous à chercher de plus pour votre bonheur ?

Une femme illustre, instruite à l'école de cette philosophie céleste, se plaisait à adorer Dieu en tant que père, et elle le faisait avec un sentiment filial. Dans toutes ses traverses, elle trouvait dans ces seuls mots une consolation merveilleuse : J'ai un père qui sait tout, qui peut tout, et prend soin de mes intérêts avec une tendresse paternelle. Placée sous cette tutelle, pourquoi trembler ou me tourmenter ? Je dirai donc avec le Prophète : « Je suis pauvre et indigente, mais le Seigneur prend soin de moi. » Ps. XXXIX, 18. C'est là, mes frères, se glorifier de la grandeur et du nom de ce père, non-seulement par des paroles, mais aussi par des actes.
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I.


Vient ensuite une autre parole non moins consolante : « Si vous demandez quelque chose en mon nom. » A l'occasion de ce mot, il faut montrer l'immense trésor de la religion chrétienne, et entrer dans la vaste mer des mérites de Jésus-Christ. Car au moyen de ce mot nous répondons à une question que les hommes s'adressent fréquemment. D'où me vient, disent-ils, à moi qui rampe sur la terre, qui ne suis que cendre et pourriture, d'où me vient une si grande gloire, d'être appelé et d'être en effet le fils de Dieu, et d'avoir droit à obtenir tout ce que je lui demanderai ? Car je suis épouvanté non-seulement de la bassesse de ma condition, mais beaucoup plus encore de l'indignité de mes mœurs et de la pauvreté de mes mérites.

Le Seigneur répond donc à cette question tacite, lorsqu'il s'offre pour médiateur, lorsqu'il met sous nos yeux la sainteté de son nom, la grandeur de ses mérites et l'immense tendresse de son Père à son égard. Car si Moise, par ses mérites et ses prières, à tant de fois détourné la colère du Seigneur, que ne feront pas les prières et les mérites du Fils unique de Dieu ? Si le Seigneur a accompli tout ce qu'il avait promis à Abraham, pour récompenser l'obéissance de ce fidèle serviteur, que n'obtiendront pas la piété et les mérites infinis d'un Fils bien-aimé? Quelle comparaison établir entre des hommes et un Dieu fait homme ? entre des serviteurs de Dieu et le Fils de Dieu ? enfin entre des esclaves du péché et la source même de la pureté et de l'innocence ?

Quoique ces saints personnages, et beaucoup d'autres, aient mené une vie éminemment pieuse, parfois cependant ils ont fait des chutes ; il n'est aucun d'eux qui ait parcouru toute sa carrière terrestre sans commettre aucune faute. Mais l'Agneau immaculé non-seulement a été exempt de toute souillure du péché; il nous a tous purifiés de toutes nos souillures par les mérites de sa pureté et de son innocence. Combien donc seront plus efficaces l'intercession de ce protecteur, et l'offrande de ses mérites aux yeux de son Père, et l'invocation de son nom doux et suave ! Car si la pureté et la sainteté éminentes de l'âme sont agréables à Dieu, Jésus-Christ a donné l'exemple de la parfaite sainteté. Si la tendresse pour les hommes est de quelque poids auprès de ce Père bienveillant du genre humain, Jésus-Christ nous a tant aimés, qu'il s'est offert volontiers à la mort la plus cruelle pour le salut des hommes. Si les prières des saints ont quelque influence sur Dieu, notre Pontife suprême a passé dans les prières une vie traversée par des peines sans fin ; il a imploré la compassion du Père « par un grand cri et par des larmes, et il a été exaucé à cause de son respect, » Heb. V, 7, c'est-à-dire à cause de son exemplaire piété envers Dieu. Enfin si jamais sacrifice fut agréable à Dieu, et put nous le rendre propice, que dire de celui du Calvaire qui nous a réconciliés pour toujours avec Lui ?
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Voilà donc, mes frères, le solide appui de notre espérance, voilà en quoi réside le suprême bonheur du chrétien, et en quoi surtout, pour ne point parler de tout le reste, nous sommes, nous qui vivons sous la grâce, dans une bien meilleure condition que ceux qui vivaient sous la loi. Car, pour apaiser Dieu irrité de leurs forfaits, ils lui offraient des sacrifices sanglants ; or, comme le dit l'Apôtre : « Il est impossible que le sang des taureaux et des boucs ôte les péchés ; » Impossibile est sanguine taurorum aut hircorum auferri peccata. Hebr. X, 4. Nous, au contraire, nous avons le sacrifice de l'Agneau immaculé, c'est-à-dire du Fils unique de Dieu, « victime de propitiation pour nos offenses. » I Joan. II, 2. Eux, quand ils voulaient apaiser Dieu, n'avaient d'autres patrons et d'autres protecteurs que les pères de l'Ancien Testament ; nous, nous avons le Fils unique de Dieu, le Verbe éternel du Père, l'Agneau sans tache, son sang répandu pour nous sur la croix et à nous légué pour que dans toutes nos prières nous l'offrions à l’Éternel, afin de paraître en sa présence, non les mains vides, mais les mains pleines des plus agréables présents. Par lui donc nous sommes réconciliés avec Dieu ; par lui Dieu nous pardonne nos péchés ; par lui Dieu nous institue héritiers de son royaume et oublie nos forfaits ; par lui enfin tout ce qui était tombé par la faute du premier père est magnifiquement relevé.

Désormais il nous est donc permis de parler à Dieu en ces termes : De grâce, Seigneur, pourquoi, quand mes yeux se sont ouverts à la lumière, ai-je été dépouillé de toute la parure de votre justice et de votre grâce, que vous m'aviez destinée à l'origine du monde ? Si vous dites que, par suite du crime de mon premier père, j'ai été dépouillé avec lui, comme un rameau avec sa souche, c'est vrai. Mais pour le péché de cet homme-là j'offre un Homme-Dieu ; pour sa désobéissance j'offre une obéissance sublime; pour l'orgueil avec lequel une faible créature osa aspirer à la gloire de la divinité, j'offre l'humilité avec laquelle un Dieu descendit jusqu'à prendre la forme d'esclave. Combien ce que je vous offre vous glorifie plus que le premier homme ne vous a offensé ! Rendez-moi donc par le « second homme, » I Cor. XV, 47, ce que j'ai perdu par le premier ; rendez-moi par « l'homme céleste, » ibid., ce que j'ai perdu par l'homme terrestre. Car « il n'en est pas de ce don comme du péché; mais où il y a eu abondance de péché, il y a eu surabondance de grâce, » Non sicut delictum, ita et donum ; ubi enim abundavit delictum, superabun davit et gratia. Rom. V, 16 et 20.
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Quelle est donc la conséquence nécessaire de ceci ? — C'est que, comme le roi David fit rendre tous les biens de Saül à Miphiboseth, fils de Jonathas, en considération de l'étroite amitié qui l'unissait à ce dernier, II Reg. XXI, 7, de même Dieu le Père, à cause de l'immense amour qu'il porte à Jésus-Christ, ordonne qu'aux fils engendrés sur la croix par son bien-aimé, soit restitué ce qu'ils ont perdu par la faute du premier père. Heureux donc, et mille fois heureux sommes-nous de pouvoir porter à tout moment aux pieds de l’Éternel un tel protecteur et un tel sacrifice.

Car cette offrande ne lui est pas moins agréable aujourd'hui que quand elle lui fut présentée sur la montagne du Calvaire ; ce sang n'a pas moins de valeur aujourd'hui que quand il coula sur la croix ; auprès de l'éternelle Sagesse il n'y a ni passé, ni futur, tout est présent à son éternité.

Forts des mérites d'un si grand Rédempteur, présentons-nous donc au Père et implorons son assistance. Nous glorifions Jésus-Christ lorsque nous, ses fils et ses membres, nous demandons qu'il nous soit donné quelque chose en considération de ses mérites. Car il est écrit avec vérité : « Dieu a honoré le père dans les enfants. » Eccli. III, 3. En effet, à cause des mérites des pères, il accorde des bienfaits aux fils qui ne les ont pas mérités ; « il fait miséricorde jusqu'à mille générations à ceux qui l'aiment. » Exod. XX, 6.

Ainsi il épargna la terre des fils d'Ammon et de Moab, et ne voulut pas que la moindre parcelle en fût distraite au profit de son peuple, parce qu'il l'avait donnée aux fils de Loth, qui avait été un homme juste et agréable à Dieu. Deut. 11, 19. Si donc, après quatre cents ans et plus, Dieu honora de cette faveur les fils de Loth, quoiqu'ils fussent idolâtres, nous, enfants de Jésus-Christ et ses membres, que ne devons-nous pas espérer de Dieu le Père en considération des mérites infinis de son fils ?

De cette philosophie chrétienne, qu'y a-t-il à conclure, mes frères? - Le voici : - Toutes les fois que nous voulons prier Dieu et en obtenir quelque chose, présentons-lui ce divin avocat, ses mérites, ses travaux, ses larmes, ses veilles, ses jeûnes, puis les liens, les crachats, les soufflets, le fouet, la couronne d'épines, la croix, les clous, et toutes les souffrances qu'a endurées l'innocent Agneau non pour lui mais pour nous; et en faveur de tant de vertus et de douleurs, supplions-le de vouloir bien accéder à nos demandes. N'ouvrons jamais la bouche pour prier, jamais ne levons les yeux au ciel sans avoir avec nous ce protecteur si agréable à Dieu.

Joseph, en Egypte, ordonna à ses frères de ne point paraître devant lui sans son frère chéri Benjamin : « Vous ne verrez point mon visage, dit-il, que votre frère ne soit avec vous. » Gen. XLIII, 3. Ceux-ci s'étant conformés à cette injonction, trouvèrent grâce auprès de leur frère, ils en furent bien accueillis, et se retirèrent comblés de bienfaits. Pensons que Dieu aussi nous dit de ne point paraître en sa présence sans notre Benjamin, c'est-à dire sans son Fils bien-aimé. Car sans lui tout espoir disparaît, tandis que par lui s'ouvrira devant nous le vaste champ des miséricordes divines.
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Ici, toutefois, il est nécessaire d'aller au-devant de ceux qui se prévaudraient de mes assertions pour justifier leur négligence et leur inertie. Il en est qui, pleins de confiance dans la passion du Sauveur, se promettent le salut sans faire de bonnes œuvres ; qui, « sur le dos de Jésus-Christ, » établissent les fondements de leur perversité, Supra dorsum fabricaverunt, Ps. CXXVIII, 3, et qui s'appuient sur les mérites de son sang pour persister dans leurs crimes. J'avoue qu'infinis sont les. mérites du Christ, j'avoue qu'une seule goutte de son précieux sang suffit, et au delà pour effacer tous les forfaits de tous les siècles. Cependant il ne guérit pas les pécheurs malgré eux ; il ne guérit pas ceux qui refusent de lui obéir, ceux qui repoussent la lumière ; mais il guérit ceux qui acceptent ses remèdes pour leurs blessures, et qui s'appliquent à observer ses prescriptions.

Car l'Apôtre l'a dit : « Jésus-Christ est devenu l'auteur du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent. » Factus est omnibus obedientibus sibi causa salutis æternæ. Hebr. v, 9. Pour ceux qui obéissent, dit-il, non pour les lâches, ni pour les rebelles, qui ne reconnaissent pas son empire. Mais, pour plus de clarté, il est bon de remarquer que comme les membres du corps doivent être joints à la tête pour recevoir l'influence de son action ; de même il faut que nous soyons unis à Jésus-Christ, notre tête, afin de pouvoir participer à ses mérites. Et comme la chute du premier père s'est étendue à toute sa postérité dans laquelle coulait le même sang, ainsi quiconque veut entrer en communion avec Jésus-Christ doit lui être uni par un lien spirituel.

Mais on insistera peut-être, et on dira : – Nous sommes unis à Jésus-Christ par la foi que nous conserverons pleine et entière jusqu'à la mort. – Tant mieux ; mais moi aussi je ferai mon objection, et je n'irai pas la chercher bien loin. En effet, le Seigneur ajoute : « Car mon Père vous aime parce que vous m'avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. » - Voyez-vous qu'il place en premier lieu l'amour, et la foi ensuite ? La foi, je l'avoue, nous unit à Jésus-Christ, quoique imparfaitement; mais pour qu'elle procure le salut à l'homme, il faut qu'elle soit associée à l'amour, qu'elle opère par la charité, qu'elle soit féconde en bonnes œuvres, enfin qu'elle s'unisse aux vertus auxquelles nous appelle la parole du divin Maître, parole qui trouve, hélas ! tant d'indifférents et de contradicteurs.
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Car la foi, lorsqu'elle nous montre Jésus-Christ comme libérateur, comme auteur de notre salut, comme protecteur, médiateur, pontife des biens futurs, prêtre et victime, en qui, par le sang de la croix, nous avons le salut et la rédemption ; cette foi éveille notre espérance qui, appuyée sur un fondement si solide, se promet tout de celui qui n'a pas épargné son propre Fils,mais qui l'a livré pour nous tous. Lorsque cette même foi nous présente Dieu comme le souverain bien, qu'elle nous en met sous les yeux la beauté sans égale, et les bienfaits sans nombre, elle nous excite à aimer ce Dieu. Car si, suivant les philosophes, lorsqu'on saisit un bien par l'intelligence, la volonté est portée à l'aimer, à plus forte raison ce bien immense et surnaturel que la foi propose à la volonté commandera-t-il l'amour ; quoique les hommes enivrés et séduits par les choses de la terre résistent trop souvent à ces inspirations de la foi.

En troisième lieu, quand cette foi, éclairée par la voix du Sauveur, nous dit : « Ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui gardent la loi qui seront justifiés, Rom. II, 13 ; quand elle proclame que si nous voulons aller à la vie il faut observer les commandements, et que Dieu distribue à chacun, selon ses œuvres, la récompense où le châtiment, elle exhorte à l'obéissance aux divins préceptes, obéissance qui seule mérite la couronne céleste. Car il ne suffit pas à un malade pour se guérir d'écouter un bon médecin, s'il n'en suit les prescriptions. Autrement, dit saint Augustin, c'est se tuer soi-même que de ne pas prendre les conseils du médecin pour règle de conduite.

Voilà donc les trois principales vertus auxquelles nous porte la doctrine lumineuse de la foi, à moins que nous ne voulions pas l'écouter ; ce qui arrive, hélas ! fréquemment à ceux qui, selon le mot de saint Paul, retiennent la vérité de Dieu dans l'injustice, qui veritatem Dei in injustitia detinent, Rom. I, 18, c'est-à-dire qui la tiennent comme enchaînée, et ne la laissent pas suivre la pente où elle ne demande qu'à courir. Mais ceux qui ont une foi vive et vaillante, ceux-là, comme des membres vigoureux, sont étroitement unis par le lien de l'amour à Jésus-Christ leur chef. Aussi il n'y a aucun doute qu'ils ne participent aux mérites du Christ, comme tous ceux qui tiennent au premier père par le lien du sang participent à la chute originelle. Mais poursuivons.
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II.


« Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit pleine et parfaite. » Les apôtres n'avaient pas encore appris de l'Esprit-Saint quelle était l'étendue de cette promesse : « Si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom (c'est-à-dire à cause de mes mérites), il vous le donnera ; » ils ne comprenaient pas pleinement le mérite de la passion de Jésus-Christ, ni la vertu infinie de ce sacrifice ineffable, n'ayant pas encore reçu ce Maître céleste, qui devait glorifier le Christ et le fait apercevoir dans toutes ses fonctions de Sauveur. Voilà pourquoi dans leurs prières ils ne s'appuyaient pas encore sur ce fondement solide. Le Seigneur les y exhorte donc maintenant quand il dit : « Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit entière, » c'est-à-dire afin que la grandeur des biens que vous obtiendrez par la prière vous comble de joie. Ce passage, non moins que le précédent, est bien propre à apporter une grande consolation aux cœurs des justes ; je crois donc devoir m'y arrêter un peu. D'ailleurs le motif qu'il présente convient parfaitement au temps pascal, temps consacré à la joie spirituelle.

En effet, l'Apôtre met la joie au nombre des fruits de l'Esprit-Saint lorsqu'il dit : « Les fruits de l'Esprit sont la charité, la joie, la paix, etc. » Galat.V, 22. Il fait encore consister le royaume de Dieu dans cette vie en trois choses principalement : la justice, la paix, la joie dans le Saint-Esprit. Fréquemment il nous exhorte à cette joie, comme lorsqu'il dit aux Corinthiens : « Réjouissez-vous, soyez parfaits, etc. » II Cor. XIII, 11. Et avec plus d'insistance encore aux Philippiens : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous. » Philip. IV, 4. Le Seigneur nous y invite aussi, quand il nous ordonne de demander, afin que notre joie soit complète. Or, cette joie est un commencement de la joie à venir, un avant-goût de la félicité future. Et comme l'espoir de la récompense excite vivement au travail, il s'ensuit que cet avant-goût de la rémunération céleste est un puissant aiguillon pour l'exercice de toutes les vertus et pour les œuvres de la justice ; bien plus, qu'il est comme un instrument universel dont se sert l’Esprit divin pour exciter les cœurs des justes à la pratique de tous les devoirs.

Les médecins ont plus d'un remède au service des malades : tantôt ils donnent une potion amère, tantôt ils ouvrent une veine; aujourd'hui ils emploient le fer, demain ils emploieront le feu. Enfin, il est une infinité de plantes dont ils usent suivant les besoins de leur art. Mais le céleste Médecin, outre que seul il supplée et surpasse tous les autres, n'a qu'à verser dans les cœurs des justes une faible goutte de cette charité qui engendre la joie spirituelle : aussitôt il y opère des effets admirables, et fournit les forces nécessaires pour entreprendre tout ce que demande la justice.
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