Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le dimanche dans l'octave de l'Ascension
Publié : dim. 21 mai 2023 15:24
(à suivre)PREMIER SERMON POUR LE DIMANCHE APRÈS L'ASCENSION.
Développement de l'Évangile.
Consolations du Saint-Esprit ; préparation à le recevoir.
Ave Maria,...
Dans l'évangile de ce jour, notre Seigneur, pour armer ses disciples contre les souffrances qu'ils allaient affronter dans la prédication de l’Évangile, les leur prédit. En effet, la plus grande consolation, ou le meilleur remède contre tous les maux de cette vie, c'est de les prévoir. Ceux qui savent qu'on se prépare à les attaquer se fortifient par des fossés et des retranchements, et se munissent de toute espèce d'armes et de défenseurs pour que l'ennemi ne les prenne pas à l'improviste. Les philosophes nous conseillent de nous prémunir de la même manière contre l'adversité, et Sénèque s'exprime ainsi à ce sujet : « Un esprit préparé n'a rien à redouter. Or, il sera bien préparé, s'il a réfléchi sur toutes les vicissitudes humaines avant de les avoir éprouvées ; s'il possède femme, enfants, patrimoine, comme ne devant pas les posséder toujours. En effet, il n'y a rien de solide pour ce qui est faible, rien d'éternel pour ce qui est fragile ; tous les biens des mortels sont mortels eux-mêmes. Je parle des biens après lesquels court la foule. Car le vrai bien, c'est-à -dire la sagesse et la vertu, ne meurt point. Les mortels n'ont que cela d’immortel. » Epist. 99.
Ainsi, le sage, selon lui, ne doit pas se borner à contempler le présent, mais il doit jeter judicieusement les yeux sur l'avenir, jugeant des choses, non d'après l'opinion d'une multitude insensée, mais d'après leur propre nature. Aussi dit-il ailleurs : « Le sage a soin avant tout qu'aucun événement ne lui soit inopiné. Car en prévoyant ce qui peut survenir, on amortira tous les coups de l'adversité ; ils n'apportent rien de nouveau à ceux qui sont préparés et qui les attendent, tandis qu'ils sont douloureux pour les imprévoyants qui ne s'attendaient qu'à des biens. Maladie, captivité, ruine, incendie, tout cela n'est pour moi rien moins qu'inopiné. Je savais dans quelle société orageuse m'a placé la nature. On s'est tant de fois lamenté dans mon voisinage ! Tant de fois devant ma porte ont passé la torche et le cierge précédant des funérailles prématurées ! Souvent j'ai entendu le fracas d'un pompeux édifice croulant. Une nuit a emporté beaucoup de ceux que j'avais connus au forum, au sénat et ailleurs, et a séparé des mains unies par l'affection. Et je m'étonnerais que des périls qui n'ont cessé d'errer autour de moi m'aient quelquefois approché ! La plupart des hommes sur le point de s'embarquer ne pensent pas à la tempête. Publius ( car jamais je ne refuserai mon assentiment à un mauvais auteur disant une vérité), Publius, dont les tragédies et les comédies sont si virulentes, dit entre autres choses : « Ce qui peut arriver à quelqu'un, peut arriver à tous. » Celui qui se pénétrera de cette pensée, qui envisagera tous les maux d'autrui qui peuvent le frapper (et ils sont nombreux), aura soin de se prémunir longtemps avant d'être assailli. Quand le péril est venu, il est trop tard de le combattre. — Je ne m'y attendais pas, dit-on, je n'aurais jamais cru que cela serait arrivé. — Et pourquoi ? Quelles sont les richesses après lesquelles ne courent la pauvreté, la faim et la mendicité ? Quelle est la haute position dont les insignes ne puissent être remplacés par des haillons ? Où est la royauté qui n'ait devant elle la ruine, et l'avilissement, et un maître, et un bourreau ? Tout cela se tient de bien près, et il n'y a pas loin du trône à l'esclavage. » De trang. vitæ. Lib. I.
Puis ayant rappelé les revers inattendus d'une foule de princes et de grands hommes, de Pompée, de Séjan, de Crésus, de Ptolémée, de Mithridate et de Jugurtha, il conclut en ces termes : « Au milieu de tant de vicissitudes et de révolutions, si tu ne regardes pas comme devant arriver tout ce qui est possible, tu fournis contre toi des armes à l'adversité, tandis que c'est la désarmer que de la prévoir. »