Les Petits Bollandistes a écrit :
S. MAMMÈS, MARTYR A CÉSARÉE DE CAPPADOCE, PATRON DE LA VILLE ET DU DIOCÈSE DE LANGRES.
Vers 275.— Pape : Saint Félix Ier . — Empereur romain : Aurélien.
Réjouis-toi, innocence, et tressaille d'allégresse : dans l'épreuve, tu grandis; dans l'humiliation, tu es exaltée ; dans le combat, tu triomphes ; dans la mort, tu es couronnée. S. Jean Chrysostome.
Nous avons vu dans la vie de sainte Radegonde, le profond respect que cette vertueuse Reine avait pour saint Mammès, et comment elle envoya un ambassadeur exprès à Jérusalem, pour en obtenir quelques reliques du Patriarche de cette église. Il faut maintenant découvrir les motifs de ce grand respect, et en même temps les beaux éloges que saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, Nicétas et presque tous les Grecs, ont donnés à ce glorieux Martyr. Nous apprenons de Siméon Métaphraste, rapporté par Surius, qu'il naquit de parents nobles, vertueux, et remplis de la crainte et de l'amour de Dieu. Son père s'appelait Théodote et sa mère Rufine. Comme ils travaillaient avec beaucoup de zèle à étendre le royaume de Jésus-Christ par la conversion des infidèles, ils furent bientôt dénoncés à Alexandre, que l'empereur romain avait envoyé à Gangres (aujourd'hui Kienkari, ville de Galatie), pour y persécuter les chrétiens. Alexandre fît venir devant lui Théodote, et lui ordonna de sacrifier aux divinités de l'empire. Théodote refusa de le faire, et ne daigna même pas lui répondre. Alexandre le menaça des fouets, des roues et des gibets. Théodote se moqua de ses menaces et ne s'en émut pas plus que s'il eût parlé à un autre, Alexandre, étonné de cette constance, voulait éprouver sur lui les supplices les plus rigoureux ; mais, comme il était d'une famille patricienne et qu'il descendait des premières races sénatoriales, il n'osa rien attenter sur lui, sans en avoir donné avis à l'empereur. Ainsi, il l'envoya prisonnier à Césarée de Cappadoce (aujourd'hui Kaïsarieh), en attendant la réponse du prince.
Théodote y alla joyeusement, et Rufine, sa femme, l'y suivit et se renferma même volontairement dans la prison avec lui. Lorsqu'ils y furent, Théodote, considérant d'un côté sa délicatesse, et de l'autre la cruauté impitoyable de Faustus, président de Césarée, qui devait être son juge, craignit de n'avoir pas assez de force pour supporter la rigueur des tourments : aussi il s'adressa à Dieu et lui demanda la grâce de mourir dans son cachot. Sa prière fut exaucée il mourut dans les fers, pour aller jouir du bonheur de l'éternité. Rufine, qui était enceinte, reçut une si forte émotion de la mort de son mari, qu'elle mit au monde un fils avant terme.
Ainsi, à ses regrets d'épouse vinrent s'ajouter ses inquiétudes de mère. Elle se voyait seule, sans assistance, dans une prison, ayant d'un côté le corps mort de son mari, de l'autre son enfant nouveau-né. Eplorée, défiante de ses forces en présence des bourreaux, mais pleine de confiance en Dieu, elle le supplie de la réunir à son époux, de servir de père à son enfant et d'envoyer quelqu'un qui en prît soin. Sa demande fut exaucée en tous ses points : elle mourut en paix, et fut réunie à son mari. Dieu envoya à une noble veuve, nommée Ammia, un ange qui lui ordonna de demander au président les corps des deux défunts, pour leur donner une honorable sépulture, et de prendre soin de l'éducation de leur fils, de même que s'il était son propre enfant.
Ammia obéit à cet ordre, et ayant obtenu du président les corps de Théodote et de Rufine, elle les ensevelit dans son jardin avec une pompe digne de leur mérite. Elle adopta leur enfant pour son fils et en eut le même soin que si elle eût été sa mère. On l'appela Mamas, parce que, dans ses premiers bégaiements, il disait souvent à Ammia, sa tutrice,
mamma, nom que les petits enfants donnent ordinairement parmi nous à leurs mères. Mis aux écoles, il y fit des progrès merveilleux et surpassa en peu de temps tous ses compagnons; mais la piété était ce qui le rendait plus digne d'admiration, car on voyait en lui un ardent amour pour Jésus-Christ, et il semblait qu'étant né dans le martyre, il eût tiré de sa naissance une inclination pour le martyre. Il animait tout le monde et particulièrement ses condisciples, à demeurer fermes dans la foi et à ne point craindre les tourments dont les juges se servaient pour ébranler la constance des chrétiens. Ammia mourut ; comme elle l'avait adopté pour son fils, elle le laissa héritier et maître de tous ses biens ; il avait sans doute aussi ceux de ses parents, car on ne dit point qu'ils eussent été confisqués.